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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 23:11

Apprenez, ma belle,
Qu'à minuit sonnant,
Une main fidèle,
Une main d'amant,
Ira doucement,
Se glissant dans l'ombre,
Tourner les verrous
Qui dès la nuit sombre,
Sont tirés sur vous.
Apprenez encore
Qu'un amant abhorre
Tout voile jaloux.
Pour être plus tendre,
Soyez sans atours,
Et songez à prendre
L'habit des Amours.

Evariste de Parny

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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 22:49

A la liberté
Descends, ô liberté! fille de la nature:
Le peuple a reconquis son pouvoir immortel;
Sur les pompeux débris de l'antique imposture
Ses mains relèvent ton autel.

Venez, vainqueurs des rois: l'Europe vous contemple;
Venez; sur les faux dieux étendez vos succès;
Toi, sainte liberté, viens habiter ce temple;
Sois la déesse des Français.

Ton aspect réjouit le mont le plus sauvage,
Au milieu des rochers enfante les moissons;
Embelli par tes mains, le plus affreux rivage
Rit, environné de glaçons.

Tu doubles les plaisirs, les vertus, le génie;
L'homme est toujours vainqueur sous tes saints étendards;
Avant de te connaître, il ignorait la vie:
Il est créé par tes regards.

Au peuple souverain tous les rois font la guerre;
Qu'à tes pieds, ô déesse, ils tombent désormais!
Bientôt sur les cercueils des tyrans de la terre
Les peuples vont jurer la paix.

André Chénier

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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 12:52

Ma pauvre muse, hélas! qu'as-tu donc ce matin?
Tes yeux creux sont peuplés de visions nocturnes,
Et je vois tour à tour réfléchis sur ton teint
La folie et l'horreur, froides et taciturnes.

Le succube verdâtre et le rose lutin
T'ont-ils versé la peur et l'amour de leurs urnes?
Le cauchemar, d'un poing despotique et mutin,
T'a-t-il noyée au fond d'un fabuleux Minturnes?

Je voudrais qu'exhalant l'odeur de la santé
Ton sein de pensers forts fût toujours fréquenté,
Et que ton sang chrétien coulât à flots rythmiques,

Comme les sons nombreux des syllabes antiques,
Où règnent tour à tour le père des chansons,
Phœbus, et le grand Pan, le seigneur des moissons.

Charles Baudelaire

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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 22:39

Son âge échappait à l'enfance;
Riante comme l'innocence,
Elle avait les traits de l'Amour.
Quelques mois, quelques jours encore,
Dans ce cœur pur et sans détour
Le sentiment allait éclore.
Mais le ciel avait au trépas
Condamné ses jeunes appas.
Au ciel elle a rendu sa vie,
Et doucement s'est endormie
Sans murmurer contre ses lois.
Ainsi le sourire s'efface;
Ainsi meurt, sans laisser de trace,
Le chant d'un oiseau dans le bois.

Evariste de Parny

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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 13:57
"Description chimérique d'un être de raison, fabriqué de pièces rapportées, habillé d'une étoffe à double sens, lequel fut construit par une assemblée d'équivoques, assistées du génie burlesque"

Il a un corps de garde,
Des membres de période,
Une tête d'Armée,
Une face de théâtre,
Des traits d'arbalète,
Le front d'un bataillon,
Des yeux de bœuf,
Deux temples de Jupiter,
Un nez de Bachot,
Des joues de Peson,
Une bouche de Danube,
Une langue étrangère,
Des dents de scie,
Une haleine de savetier,
Des oreilles d'écuelle,
Une ouïe de carpe,
Une chevelure d'arbre,
Une barbe d'épic,
Un cou de tonnerre,
Une gorge de montagne,
Un bras de mer,
Un poing d'Espagne,
Des mains de papier,
Des côtes de Barbarie,
Des cuisses de noix,
Des jambes étrières,
Des pieds d'estaux,
Un dos de fauteuil,
Un cul de sac,
Des parties d'Apothicaire,
Un cœur d'Opéra,
Les entrailles de la terre,
Des os de Noël,
Des veines de marbre,
Une âme de soufflet,
Il a une mine de plomb,
Un air de Cadmus,
Un port de mer,
Une voie d'eau,
Un champ de bataille,
Un accent circonflexe,
Un creux de puits,
Une taille de plume,
Un regard de fontaine,
Un ris de veau,
La gravité de l'air,
Une justice subalterne,
Un esprit de vin,
Une lumière de canon,
Un jugement téméraire,
Une justesse de contrepoids,
Une ruse de guerre,
Une expérience de Physique.

Claude Cherrier
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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 22:25
Certain poisson volant, mécontent de son sort,
Disait à sa vieille grand-mère:
"Je ne sais comment je dois faire
Pour me préserver de la mort.
De nos aigles marins je redoute la serre
Quand je m'élève dans les airs,
Et les requins me font la guerre
Quand je me plonge au fond des mers."
La vieille lui répond: "Mon enfant, dans ce monde,
Lorsqu'on n'est pas aigle ou requin,
Il faut tout doucement suivre un petit chemin,
En nageant près de l'air et volant près de l'onde."

Jean-Pierre Claris de Florian
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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 21:43
Voici le cabinet charmant
Où les Grâces font leur toilette,
Dans cette amoureuse retraite
J'éprouve un doux saisissement.
Tout m'y rappelle ma maîtresse,
Tout m'y parle de ses attraits;
Je crois l'entendre; et mon ivresse
La revoit dans tous les objets.
Ce bouquet, dont l'éclat s'efface,
Toucha l'albâtre de son sein;
Il se dérangea sous ma main,
Et mes lèvres prirent sa place.
Ce chapeau, ces rubans, ces fleurs,
Qui formaient hier sa parure,
De sa flottante chevelure
Conservent les douces odeurs.
Voici l'inutile baleine
Où ses charmes sont en prison.
J'aperçois le soulier mignon
Que son pied remplira sans peine.
Ce lin, ce dernier vêtement...
Il a couvert tout ce que j'aime:
Ma bouche s'y colle ardemment,
Et croit baiser dans ce moment
Les attraits qu'il baisa lui-même.
Cet asile mystérieux
De Vénus sans doute est l'empire.
Le jour n'y blesse point mes yeux;
Plus tendrement mon cœur soupire;
L'air et les parfums qu'on respire
De l'amour allument les feux.
Parais, ô maîtresse adorée!
J'entends sonner l'heure sacrée
Qui nous ramène les plaisirs;
Du temps viens connaître l'usage,
Et redoubler tous les désirs
Qu'a fait naître ta seule image.

Evariste de Forges
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1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 12:44
   Balbutié bientôt par le Bambin débile,
Le B semble bondir sur sa bouche inhabile;
D'abord il l'habitue au bon-soir, au bon-jour;
Les baiser, les bonbons sont brigués tour à tour.
Il demande sa balle, il appelle sa bonne;
S'il a besoin de boire, aussitôt il ordonne;
Son babil par le B ne peut être contraint,
Et d'un bobo, s'il boude, on est sûr qu'il se plaint.
Mais du bègue irrité la langue embarrassée,
Par le B qui la brave, à chaque instant blessée,
Sur ces bords, malgré lui, semble le retenir,
Et tout en balançant, brûle de le bannir.

Antoine-Pierre-Augustin de Piis
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