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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 18:47

Seule avec toi dans ce bocage sombre?
Qu'y ferions-nous? à peine on peut s'y voir.
Nous sommes bien! Peux-tu désirer l'ombre?
Pour se perdre des yeux c'est bien assez du soir!
Auprès de toi j'adore la lumière,
Et quand tes doux regards ne brillent plus sur moi,
Dès que la nuit a voilé ta chaumière,
Je me retrouve, en fermant ma paupière,
Seule avec toi.

Sûr d'être aimé, quel vœu te trouble encore?
Si près du mien, que désire ton coeur?
Sans me parler ta tristesse m'implore:
Ce qu'on voit dans tes yeux n'est donc pas le bonheur?
Quel vague objet tourmente ton envie?
N'as-tu pas mon serment dans ton sein renfermé?
Qui te rendra ta douce paix ravie?
Dis! Quel bonheur peut manquer à ta vie,
Sûr d'être aimé?

Ne parle pas! Je ne veux pas entendre:
Je crains tes yeux, ton silence, ta voix.
N'augmente pas une frayeur si tendre;
Hélas! Je ne sais plus m'enfuir comme autrefois,
Je sens mon âme à la tienne attachée,
J'entends battre ton coeur qui m'appelle tout bas:
Heureuse, triste, et sur ton sein penchée,
Ah! Si tu veux m'y retenir cachée,
Ne parle pas!

Marceline Desbordes-Valmore

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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 21:53

Quand le front de l'enfant, plein de rouges tourmentes,
Implore l'essaim blanc des rêves indistincts,
Il vient près de son lit deux grandes sœurs charmantes
Avec de frêles doigts aux ongles argentins.

Elles assoient l'enfant auprès d'une croisée
Grande ouverte où l'air bleu baigne un fouillis de fleurs
Et, dans ses lourds cheveux où tombe la rosée,
Promène leurs doigts fins, terribles et charmeurs.

Il écoute chanter leurs haleines craintives
Qui fleurent de longs miels végétaux et rosés
Et qu'interrompt parfois un sifflement, salives
Reprises sur la lèvre ou désirs de baisers.

Il entend leurs cils noirs battant sous les silences
Parfumés; et leurs doigts électriques et doux 
Font crépiter, parmi ses grises indolences,
Sous leurs ongles royaux, la mort des petits poux.

Voilà que monte en lui le vin de la Paresse,
Soupir d'harmonica qui pourrait délirer :
L'enfant se sent, selon la lenteur des caresses,
Sourdre et mourir sans cesse un désir de pleurer.

Arthur Rimbaud

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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 00:00

Ô Lune qu'adoraient discrètement nos pères,
Du haut des pays bleus où, radieux sérail,
Les astres vont se suivre en pimpant attirail,
Ma vieille Cynthia, lampe de nos repaires,

Vois-tu les amoureux, sur leurs grabats prospères,
De leur bouche en dormant montrer le frais émail?
Le poète buter du front sur son travail?  
Ou sous les gazons secs s'accoupler les vipères?

 

Sous ton domino jaune, et d'un pied clandestin,
Vas-tu, comme jadis, du soir jusqu'au matin,  
Baiser d'Endymion les grâces surannées?

- "Je vois ta mère, enfant de ce siècle appauvri,
Qui vers son miroir penche un lourd amas d'années,
Et plâtre artistement le sein qui t'a nourri!"

Charles Baudelaire

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 21:27

Voici que la saison décline,
L’ombre grandit, l’azur décroît,
Le vent fraîchit sur la colline,
L’oiseau frissonne, l’herbe a froid.

Août contre septembre lutte;
L’océan n’a plus d’alcyon;
Chaque jour perd une minute,
Chaque aurore pleure un rayon.

La mouche, comme prise au piège,
Est immobile à mon plafond;
Et comme un blanc flocon de neige,
Petit à petit, l’été fond.

Victor Hugo

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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 21:41

L'une avait quinze ans, l'autre en avait seize;
Toutes deux dormaient dans la même chambre
C'était par un soir très lourd de septembre
Frêles, des yeux bleus, des rougeurs de fraise.

Chacune a quitté, pour se mettre à l'aise,
La fine chemise au frais parfum d'ambre,
La plus jeune étend les bras, et se cambre,
Et sa soeur, les mains sur ses seins, la baise,

Puis tombe à genoux, puis devient farouche
Et tumultueuse et folle, et sa bouche
Plonge sous l'or blond, dans les ombres grises;

Et l'enfant, pendant ce temps-là, recense
Sur ses doigts mignons des valses promises.
Et, rose, sourit avec innocence.

Paul Verlaine

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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 20:56

Jeanne-Marie a des mains fortes,
Mains sombres que l'été tanna,
Mains pâles comme des mains mortes.
— Sont-ce des mains de Juana?

Ont-elles pris les crèmes brunes
Sur les mares des voluptés?
Ont-elles trempé dans les lunes
Aux étangs de sérénités?

Ont-elles bu des cieux barbares,
Calmes sur les genoux charmants?
Ont-elles roulé des cigares
Ou trafiqué des diamants?

Sur les pieds ardents des Madones
Ont-elles fané des fleurs d'or?
C'est le sang noir des belladones
Qui dans leur paume éclate et dort.

Mains chasseresses des diptères
Dont bombinent les bleuisons
Aurorales, vers les nectaires?
Mains décanteuses de poisons?

Oh! quel Rêve les a saisies
Dans les pandiculations?
Un rêve inouï des Asies,
Des Khenghavars ou des Sions?

— Ces mains n'ont pas vendu d'oranges,
Ni bruni sur les pieds des dieux:
Ces mains n'ont pas lavé les langes
Des lourds petits enfants sans yeux.

Ce ne sont pas mains de cousine
Ni d'ouvrières aux gros fronts
Que brûle, aux bois puant l'usine,
Un soleil ivre de goudrons.

Ce sont des ployeuses d'échines,
Des mains qui ne font jamais mal,
Plus fatales que des machines,
Plus fortes que tout un cheval!

Remuant comme des fournaises,
Et secouant tous ses frissons,
Leur chair chante des Marseillaises
Et jamais les Eleisons!

Ça serrerait vos cous, ô femmes
Mauvaises, ça broierait vos mains,
Femmes nobles, vos mains infâmes
Pleines de blancs et de carmins.

L'éclat de ces mains amoureuses
Tourne le crâne des brebis!
Dans leurs phalanges savoureuses
Le grand soleil met un rubis!

Une tache de populace
Les brunit comme un sein d'hier;
Le dos de ces Mains est la place
Qu'en baisa tout Révolté fier!

Elles ont pâli, merveilleuses,
Au grand soleil d'amour chargé,
Sur le bronze des mitrailleuses
À travers Paris insurgé!

Ah! quelquefois, ô Mains sacrées,
À vos poings, Mains où tremblent nos
Lèvres jamais désenivrées,
Crie une chaîne aux clairs anneaux!

Et c'est un soubresaut étrange
Dans nos êtres, quand, quelquefois,
On veut vous déhâler, Mains d'ange,
En vous faisant saigner les doigts!

Arthur Rimbaud

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 10:14

Ton Souvenir est comme un livre bien aimé,
Qu'on lit sans cesse, et qui jamais n'est refermé,
Un livre où l'on vit mieux sa vie, et qui vous hante
D'un rêve nostalgique, où l'âme se tourmente.

Je voudrais, convoitant l'impossible en mes vœux,
Enfermer dans un vers l'odeur de tes cheveux;
Ciseler avec l'art patient des orfèvres
Une phrase infléchie au contour de tes lèvres;

Emprisonner ce trouble et ces ondes d'émoi
Qu'en tombant de ton âme, un mot propage en moi;
Dire quelle mer chante en vagues d'élégie
Au golfe de tes seins où je me réfugie;
Dire, oh surtout! tes yeux doux et tièdes parfois
Comme une après-midi d'automne dans les bois;
De l'heure la plus chère enchâsser la relique,
Et, sur le piano, tel soir mélancolique,
Ressusciter l'écho presque religieux
D'un ancien baiser attardé sur tes yeux.

Albert Samain

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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 21:33

Chute des reins, chute du rêve enfantin d'être sage,
Fesses, trône adoré de l'impudeur,
Fesses, dont la blancheur divinise encor la rondeur,
Triomphe de la chair mieux que celui par le visage!

Seins, double mont d'azur et de lait aux deux cîmes brunes,
Commandant quel vallon, quel bois sacré!
Seins, dont les bouts charmants sont un fruit vivant, savouré
Par la langue et la bouche ivres de ces bonnes fortunes!

Fesses, et leur ravin mignard d'ombre rose un peu sombre
Où rôde le désir devenu fou,
Chers oreillers, coussin au pli profond pour la face ou
Le sexe, et frais repos des mains après ces tours sans nombres!

Seins, fins régals aussi des mains qu'ils gorgent de délices,
Seins lourds, puissants, un brin fiers et moqueurs,
Dandinés, balancés, et, se sentant forts et vainqueurs,
Vers nos prosternements comme regardant en coulisse!

Fesses, les grandes sœurs des seins vraiment, mais plus nature,
Plus bonhomme, sourieuses aussi,
Mais sans malices trop et qui s'abstiennent du souci
De dominer, étant belles pour toute dictature!

Mais quoi? Vous quatre, bons tyrans, despotes doux et justes,
Vous impériales et vous princiers,
Qui courbez le vulgaire et sacrez vos initiés,
Gloire et louange à vous,
Seins très saints, Fesses très augustes!

Paul Verlaine

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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 22:11

Des voyageurs racontent qu'au milieu des glaces arctiques, ils rencontrèrent un vieux navire gelé par les hivers. Ils pénétrèrent, avec une terreur mêlée de respect, dans cette nef vide et froide, où tout semblait métamorphosé par le temps: les voiles, les agrès, les cordages. Ils peignent, d'une manière grave et puissante, le spectacle qu'on apercevait du tillac, à travers les embrasures de neige qui formaient ses bastingages. Le navire était immobile, et l'on voyait au loin des Alpes vagabondes, qui se ruaient les unes contre les autres avec un bruit épouvantable. Je me suis souvent rappelé cette image, en entrant le soir dans une église, dans ces grands vaisseaux de pierre, à l'ancre au milieu des tempêtes et des roulis du monde, qui défient les orages de leurs mâts de granit et de leurs voiles de marbre; on se sent saisi d'une sorte d'effroi curieux, en songeant que cette barque pétrifiée a beau ne pas bouger des flots, elle vous conduit au port.

Jules Lefèvre-Deumier

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 22:28

Une nonne étudiait le Zen, jour après jour, depuis trente-trois ans. Elle était entrée au monastère en qualité de jeune novice à dix-sept ans. Elle en avait cinquante, maintenant. Sa vie de fertilité était achevée. Elle n'en gardait pas d'amertume. Elle vaquait aux occupations quotidiennes avec patience et l'humeur égale. Elle préparait le riz ou l'orge grillé, elle allait matin et soir chercher de l'eau au puits distant d'une centaine de mètres. Parfois, un nuage de mélancolie la visitait, elle le chassait. Elle pratiquait zazen avec régularité, elle méditait, elle étudiait les écrits des grands maîtres du passé. Mais elle n'avait jamais connu le Satori, la paix inimaginable, qui inonde brusquement l'âme étonnée, le rire, le grand rire de l'Eveil.

Un soir, elle revenait du puits et la nuit tombait. Elle observait sans y penser le reflet de la lune dans l'eau du seau. C'était un vieux seau, dont elle avait réparé le fond avec du bambou tressé. Brusquement il céda, l'eau s'échappa, et la lune disparut aussitôt avec l'eau du vieux seau. A cet instant précis, elle connut le Satori.

Elle fut libre.

(auteur inconnu)

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