Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 10:14

Or sont ainsi les femmes diffamées
Par moultes gens et à grand tort blâmées
Tant par bouche que par plusieurs écrits
Oui, qu’il soit vrai ou non, tel est le cri!
Nous qui sommes sans passé, les femmes,
Nous qui n’avons pas d’histoire
Depuis la nuit des temps, les femmes,
Nous sommes le continent noir
Levons Nous, Femmes Esclaves,
Et Brisons Nos Entraves,
Debout!
Asservies, humiliées, les femmes,
Achetées, vendues, violées,
Dans toutes les maisons, les femmes,
Hors du monde reléguées
Seules dans notre malheur, les femmes,
L’une de l’autre ignorée,
Ils nous ont divisées, les femmes,
Et de nos sœurs séparées.
Reconnaissons-nous, les femmes,
Parlons-nous, regardons-nous,
Ensemble on nous opprime, les femmes,
Ensemble révoltons-nous.
Le temps de la colère, les femmes,
Notre temps est arrivé,
Connaissons notre force, les femmes,
Découvrons-nous des millions.

Christine de Pisan

Repost 0
Published by Asphodèles etc. - dans Moyen-Age
commenter cet article
8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 22:44

Je chante par couverture,
Mais mieux pleurassent mes œils,
Ni nul ne sait le travail
Que mon pauvre cœur endure.

Pour ce muce ma douleur,
Qu'en nul je ne vois pitié.
Plus a l'on cause de pleur,
Moins trouve l'on d'amitié.

Pour ce plainte ni murmure
Ne fais de mon piteux deuil.
Ainçois ris quand pleurer veuil,
Et sans rime et sans mesure
Je chante par couverture.

Petit porte de valeur
De soi montrer déhaitié,
Ne le tiennent qu'à foleur
Ceux qui ont le cœur haitié.

Si n'ai de démontrer cure
L'intention de mon veuil,
Ains, tout ainsi comme je seuil,
Pour celer ma peine obscure,
Je chante par couverture.

Christine de Pisan

Repost 0
Published by Asphodèles etc. - dans Moyen-Age
commenter cet article
6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 22:59

En la forêt d'Ennuyeuse Tristesse,
Un jour m'advint qu'à part moi cheminais,
Si rencontrai l'Amoureuse Déesse
Qui m'appela, demandant où j'allais.
Je répondis que, par Fortune, étais
Mis en exil en ce bois, long temps a,
Et qu'à bon droit appeler me pouvait
L'homme égaré qui ne sait où il va.

En souriant, par sa très grande humblesse,
Me répondit: "Ami, si je savais
Pourquoi tu es mis en cette détresse,
À mon pouvoir volontiers t'aiderais;
Car, jà piéça, je mis ton cœur en voie
De tout plaisir, ne sais qui l'en ôta;
Or me déplaît qu'à présent je te vois
L'homme égaré qui ne sait où il va."

- Hélas ! dis-je, souveraine Princesse,
Mon fait savez, pourquoi le vous dirais?
C'est par la Mort qui fait à tous rudesse,
Qui m'a tollu celle que tant aimais,
En qui était tout l'espoir que j'avais,
Qui me guidait, si bien m'accompagna
En son vivant, que point ne me trouvais
L'homme égaré qui ne sait où il va.

"Aveugle suis, ne sais où aller dois;
De mon bâton, afin que ne fourvoie,
Je vais tâtant mon chemin çà et là;
C'est grand pitié qu'il convient que je soie
L'homme égaré qui ne sait où il va!"

Charles d'Orléans

Repost 0
Published by Asphodèles etc. - dans Moyen-Age
commenter cet article
29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 22:33

Item, j'ordonne à Sainte Avoie,
Et non ailleurs, ma sépulture;
Et, afin que chacun me voie,
Non pas en chair, mais en peinture,
Que l'on tire mon estature
D'encre, s'il ne coûtait trop cher.
De tombel? rien: je n'en ai cure,
Car il grèverait le plancher.

Item, veuil qu'autour de ma fosse
Ce qui s'ensuit, sans autre histoire,
Soit écrit en lettre assez grosse,
Et qui n'aurait point d'écritoire,
De charbon ou de pierre noire,
Sans en rien entamer le plâtre;
Au moins sera de moi mémoire,
Telle qu'elle est d'un bon folâtre.  

François Villon

Repost 0
Published by Asphodèles etc. - dans Moyen-Age
commenter cet article
4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 23:01

Que nous en faisons
De telles manières,
Et douces et fières,
Selon les saisons!

En champs ou maisons,
Par bois et rivières,
Que nous en faisons
De telles manières!

Un temps nous taisons,
Tenant assez chères
Nos joyeuses chères,
Puis nous apaisons.
Que nous en faisons!

Charles d'Orléans

Repost 0
Published by Asphodèles etc. - dans Moyen-Age
commenter cet article
18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 22:10

Nuit et jour je médite et pense et veille,
Plains et soupire et puis m'apaise;
Quand mieux m'advient j'en retire peine,
Mais une bonne attente m'éveille
Dont mes chagrins s'apaisent,
Fol, pourquoi me dire que j'en retire du mal:
Car si noble amour me l'envoie
Que l'envoi seul m'est un gain.

Que ma Dame ne s'émerveille
Si je lui demande son amour et un baiser,
Contre la folie dont je parle
Ce sera gente merveille
Si elle m'accole et me baise,
Dieu puisse-t-on se récrier déjà
("Ah, tel vous voie et tel vous ai vu !")
Pour le bonheur que l'on voit en moi!

Noble amour, je me fais votre compagnon
Car ce n'est ni promesse ni sort
Mais ce qui plaît à votre grâce
(Dieu je le crois m'en gratifie)
Que si noble amour soit mon sort.
Ah! Dame, par pitié vous prie
Qu'ayez pitié de votre ami
Qui vous demande grâce si doucement!

Bernart demande grâce a sa dame
Qui si doucement lui fait grâce

Et si je ne la vois d'ici peu
Je ne crois pas que je la verrai de longtemps.

Bernart de Ventadour

Repost 0
Published by Asphodèles etc. - dans Moyen-Age
commenter cet article
9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 22:32

Dedans mon Livre de Pensée,
J'ai trouvé écrivant mon cœur
La vraie histoire de douleur,
De larmes toute enluminée,

En effaçant la très aimée
Image de plaisant douceur,
Dedans mon Livre de Pensée!

Hélas! où l'a mon cœur trouvée?
Les grosses gouttes de sueur
Lui saillent, de peine et labeur
Qu'il y prend, de nuit et journée,
Dedans mon Livre de Pensée!

Charles d'Orléans

Repost 0
Published by Asphodèles etc. - dans Moyen-Age
commenter cet article
9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 22:16
Nul hom ne peut souffrir plus de tourment
Que j'ai pour vous, chère dame honorée,
Qui chaque jour êtes en ma pensée;

Se il vous plaît, je vous dirai comment,
Car loin de vous ai vie désespérée:
Nul hom ne peut souffrir plus de tourment
Que j'ai pour vous, chère dame honorée,

Mais Faux-Rapport vous a dit faussement
Que j'aime ailleurs; C'est fausseté prouvée;
Je n'aime fors vous, et sachez, belle née,
Nul hom ne peut souffrir plus de tourment
Que j'ai pour vous, chère dame honorée,
Qui chaque jour êtes en ma pensée;

Eustache Deschamps
Repost 0
Published by Asphodèles etc. - dans Moyen-Age
commenter cet article
28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 21:48
Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés cinq, six:
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

Si frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis;
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis;
Pies, corbeaux, nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
À son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie:
À lui n'ayons que faire ni que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

François Villon
Repost 0
Published by Asphodèles etc. - dans Moyen-Age
commenter cet article
25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 21:22
Je ne sais comment je dure,
Car mon dolent cœur fond d'ire
Et plaindre n'ose, ni dire
Ma douleureuse aventure,

Ma dolente vie obscure.
Rien, hors la mort ne désire;
Je ne sais comment je dure.

Et me faut, par couverture
Chanter que mon cœur soupire
Et faire semblant de rire;
Mais Dieu sait ce que j'endure.
Je ne sais comment je dure.

Christine de Pisan
Repost 0
Published by Asphodèles etc. - dans Moyen-Age
commenter cet article

Présentation

  • : Asphodèles etc.
  • Asphodèles etc.
  • : L'anthologie poétique d'Ophélie Conan, la barbare au cœur de midinette. Tous les poèmes qu'elle aime...
  • Contact

Recherche