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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 10:05

Qu'elle était belle ma Frégate
Lorsqu'elle voguait dans le vent
Elle avait au soleil levant
Toutes les couleurs de l'agate;
Ses voiles luisaient le matin
Comme des ballons de satin;
Sa quille, mince, longue et plate,
Portait deux bandes d'écarlate
Sur vingt-quatre canons cachés;
Ses mâts, en arrière penchés,
Paraissaient à demi couchés.
Dix fois plus vive qu'un pirate
En cent jours du Havre à Surate
Elle nous emporta souvent.
- Qu'elle était belle ma Frégate
Lorsqu'elle voguait dans le vent!

Alfred de Vigny

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 09:59

Tu es belle, ma mère,
Comme un pain de froment,
Et dans tes yeux d'enfant
Le monde tient à l'aise.

Ta chanson est pareille
Au bouleau argenté
Que le matin couronne
D'un murmure d'abeilles.

Tu sens bon la lavande,
La cannelle et le lait,
Ton cœur candide et frais
Parfume la maison.

Et l'automne est si doux
Autour de tes cheveux
Que les derniers coucous
Viennent te dire adieu.

Maurice Carême

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 01:55

Deux grues,
Ferrailles et contre-poids,
Font le pied de grue,
A l'ombre de mon toit.

Elles attendent les hommes,
Les hommes qui les manœuvrent,
Pour nous faire à pied d'œuvre
Un semblant de chef-d'œuvre.
Soudain, c'est la sirène:
Un autre jour commence,
Avec la vie qu'il ramène
Le calvaire recommence.
Pétarades de moteurs...
Scies, perceuses électriques...
Marteaux piqueurs...
Et engins mécaniques...
Pour les voisins que nous sommes,
Jusqu'en nous les bruits résonnent.
Enfin, Voici midi qui sonne!
Dans le chantier assoupi,
Ne verrons plus personne
Pour deux heures de répit.

Deux grues,
Ferrailles et contre-poids
Font le pied de grue,
A l'ombre de mon toit.

Jane Delignac

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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 22:43

De doux après-midi d'automne
brunissent au fond de ses yeux
les pas y sont silencieux
des feuilles rousses y pigeonnent

Dans leurs allées au sable aphone
entre de grands arbres très vieux
sous des lambeaux de ciel brumeux
des vents enrubannés frissonnent

D'étranges lames de tarot
m'y disent la bonne aventure
je sais y lire ce qui dure
ou ce qui adviendra bientôt
lorsqu'un bateau noir dans leur port
appareillera pour ma mort

Louis Calaferte

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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 21:28

Tantôt, tu serais habitée
Par un million d'oiseaux.

Tantôt, tu serais habillée
De fleurs, de feuilles et de fruits.

Tantôt, tu quitterais Paris
Au beau milieu de la nuit
Pour partir seule à la mer.

Peut-être aussi penserais-tu
A inviter les pyramides
Au moins une fois l'an

Et vous ririez bien ensemble
D'ébahir les Parisiens
Qui ne croient jamais à rien.

Alain Debroise

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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 21:22

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux:
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande nature
Tout ce qu'ensemble elle avait joint;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s'élançait en pétillant;
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l'eau courante et le vent,
Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d'un œil fâché,
Épiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu'elle avait lâché.

Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion!

Oui ! telle vous serez, ô reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses.
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés!



Charles Baudelaire

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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 20:56

Ma foi, c'est fait de moi: car Isabeau
M'a conjuré de lui faire un rondeau.
Cela me met en une peine extrême.
Quoi treize vers: huit en eau, cinq en ème!
Je lui ferais aussitôt un bateau.

En voilà cinq pourtant en un monceau.
Faisons en huit, en invoquant Brodeau,
Et puis mettons par quelque stratagème:
          Ma foi, c'est fait.  

Si je pouvais encor de mon cerveau
Tirer cinq vers, l'ouvrage serait beau.
Mais cependant je suis dedans l'onzième,
Et si je crois que je fais le douzième.
En voilà treize ajustés au niveau.
          Ma foi, c'est fait !  

Vincent Voiture

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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 16:47

L'espoir luit comme un brin de paille dans l'étable.
Que crains-tu de la guêpe ivre de son vol fou?
Vois, le soleil toujours poudroie à quelque trou.
Que ne t'endormais-tu, le coude sur la table?

Pauvre âme pâle, au moins cette eau du puits glacé,
Bois-la. Puis dors après. Allons, tu vois, je reste,
Et je dorloterai les rêves de ta sieste,
Et tu chantonneras comme un enfant bercé.

Midi sonne. De grâce, éloignez-vous, madame.
Il dort. C'est étonnant comme les pas de femme
Résonnent au cerveau des pauvres malheureux.

Midi sonne. J'ai fait arroser dans la chambre.
Va, dors! L'espoir luit comme un caillou dans un creux.
Ah! quand refleuriront les roses de septembre!

Paul Verlaine

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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 22:39

Eros est à Picadilly
nous y sommes aussi
                    la nuit

Tu m'as appris les noms des streets
qui nous ont amenés ici
c'est le dernier de mes soucis
de ton anglais me suffit
                     le seul mot sweet

Les enseignes multicolores
te font de mille travestis

des yeux de lapis-lazulli
c'est dans de grand charivari
                      que je t'adore

Eros est à Picadilly
nous y sommes aussi
                       la nuit

Et je t'embrasse à pleine bouche

Louis Calaferte

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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 22:52

À Londres je connus Bella,
     Princesse moins lointaine 
Que son mari le capitaine
     Qui n'était jamais là.  

Et peut-être aimait-il la mangue;
     Mais Bella, les Français 
Tels qu'on le parle: c'est assez
     Pour qui ne prend que langue;  

Et la tienne vaut un talbin.
     Mais quoi? Rester rebelle, 
Bella, quand te montre si belle
     Le désordre du bain?  

Paul-Jean Toulet

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