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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 22:38

Le premier me donna un collier, un collier de perles qui vaut une ville, avec les palais et les temples, et les trésors et les esclaves.

Le second fit pour moi des vers. Il disait que mes cheveux sont noirs comme ceux de la nuit sur la mer et mes yeux bleus comme ceux du matin.

Le troisième était si beau que sa mère ne l'embrassait pas sans rougir. Il mit ses mains sur mes genoux, et ses lèvres sur mon pied nu.

Toi, tu ne m'as rien dit. Tu ne m'as rien donné, car tu es pauvre. Et tu n'es pas beau, mais c'est toi que j'aime.

Pierre Louÿs

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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 22:32

Les objets aident le jour naissant
à aller à la rencontre de ton regard
et ils reprennent aussitôt leurs visages
de témoins d'un monde sans profondeur

Pour communiquer les uns avec les autres,
ils ont tout un alphabet de reflets
et dès que tu franchis le seuil de ma porte
ils te montrent la place qu'ils t'ont gardée près de moi.

Ils ne peuvent partager notre existence
mais à travers leurs doigts mal joints
ils s'étonnent parfois de découvrir qu'à deux
nous pouvons ne plus former qu'un seul objet.

Lucien Becker

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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 20:50

Le fait, légendaire en d'autres villes et raconté seulement à mi-voix pour en conjurer le retour, arrivait ici fréquemment. Pas de semaine sans qu'un homme s'enflammât. Sachant la chose irrémédiable, on avait fini par s'y accoutumer. La plupart du temps elle se déroulait dans l'indifférence et il n'était guère que les enfants pour prêter encore au spectacle un peu d'attention. Retour de l'école, nez rouge et genoux nus, ils faisaient cercle autour de cette curieuse torche à l'envers.

C'était, en effet, vers le bas que se dirigeait le phénomène. Dès que ses cheveux commençaient à crépiter, l'homme perdait tout pouvoir de crier ou de remuer. Nul n'avait le temps de voir les deux petits ballons de ses yeux se gonfler hors du visage avant d'éclater avec un bruit spongieux de châtaigne encore verte. La dévorante couronne orangée des tissus en combustion, s'abaissant avec rapidité, couvrait la figure, le cou et les épaules d'une calotte d'ombre comme grouillante et qui allait se racornissant.

Parvenues au thorax, les flammes jusqu'alors courtes et éclatantes, brusquement bleues et pailletées d'étincelles, ruisselaient de cet homme immobile comme si la poche du cœur, en crevant, les eût alimentées d'un nouveau carburant. Et tard dans le crépuscule, on entendait la ronde des enfants autour de cette vivante cloche lumineuse qui semblait, au fur et à mesure qu'elle se consumait, s'enfoncer lentement dans la terre.  

Marcel Béalu

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 20:26

ils s'aimaient que leurs bras n'en pouvaient plus de s'accrocher
et agrippaient des rêves comme des algues saoules d'ivresse
ils s'aimaient que le monde s'entrouvrait sous le poids de leur amour
et que les murs du ciel titubaient de vertige
ils s'aimaient que les yeux en perdaient la mesure
à sonder les infinis
ils s'aimaient comme on ne peut
ils s'aimaient à n'en plus pouvoir

alors comme il était difficile d'aller plus loin dans leur frénésie d'exigences
et que l'univers après avoir abandonné ses dernières richesses
était a leurs pieds essoufflé d'impuissance
alors comme toute la terre avait donné
son dernier suc
sa dernière joie

son dernier parfum
et gisait comme une fleur prête à mourir
ils ont décidé d'en finir
à commencer par lui

le lendemain au rendez-vous
éperdu
IL S'EST PENDU

à son cou

Jean L'Anselme

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 20:11

Passez entre les fleurs et regardez:
Au bout du pré c'est le charnier.
Pas plus de cent, mais bien en tas,
Ventre d'insecte un peu géant
Avec des pieds à travers tout.
Le sexe est dit par les souliers,
Les regards ont coulé sans doute.
-Eux aussi
Préféraient des fleurs.

*

A l'un des bords du charnier,
Légèrement en l'air et hardie,
Une jambe - de femme
Bien sûr -
Une jambe jeune
Avec un bas noir
Et une cuisse,
Une vraie,
Jeune - et rien,
Rien.

*

Le linge n'est pas
Ce qui pourrit le plus vite.
On en voit par là,
Durci de matières,
Il donne apparence
De chairs à cacher qui tiendraient encore.

*

Combien ont su pourquoi,
Combien sont morts sachant,
Combien n'ont pas su quoi?
Ceux qui auront pleuré,
Leurs yeux sont tout pareils,
C'est des trous dans des os
Ou c'est du plomb qui fond.

*

Ils ont dit oui
A la pourriture.
Ils ont accepté,
Ils nous ont quitté.
Nous n'avons rien à voir
Avec leur pourriture.

*

On va, autant qu'on peut,
Les séparer,
Mettre chacun d'eux
Dans un trou à lui,
Parce qu'ensemble
Ils font trop de silence contre le bruit.

*

Quand la bouche est ouverte
Ou bien ce qui en reste,
C'est qu'ils ont dû chanter
Qu'ils ont crié victoire,
On c'est le maxillaire
Qui leur tombait de peur.
-Peut-être par hasard
Et la terre est entrée.

*

Il y a des endroits où l'on ne sait plus
Si c'est la terre glaise ou si c'est la chair.
Et l'on est peureux que la terre, partout,
Soit pareille et colle.

*

Encore s'ils devenaient aussitôt
Des squelettes,
Aussi nets et durs
Que de vrais squelettes
Et pas cette masse
Avec la boue.

*

Lequel de nous voudrait
Se coucher parmi eux
Une heure, une heure ou deux,
Simplement pour l'hommage.

*

Où est la plaie
Qui fait réponse?
Où est la plaie
Des corps vivants?
Où est la plaie
- Pour qu'on la voie,
Qu'on la guérisse

*

Ici
Ne repose pas,
Ici ou là, jamais
Ne reposera
Ce qui reste,
Ce qui restera
De ces corps-là

Guillevic

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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 22:39

Quand tu dors à plat ventre et tes yeux sur tes mains
Je relève ta chevelure de sorcière
Qui voile, comme un bois funèbre les chemins,
Ton corps de boue obscène et de basse poussière.

Au fond des reins creusés en selle pour Satan
La rainure de tes vertèbres se prolonge
C’est là que lasse d’être, et d’avoir souffert tant,
Ma face, avec une fureur farouche, plonge.

Oh! quelle odeur de chair et de rut convulsif
Croupit au creux des reins sous qui ronfle le sperme
Ma bouche sur tes os postérieurs se ferme,

Et je froisse à ta peau mon visage lascif
Qui hume en râlant comme un éphèbe impubère
Ô femme! l’âcreté de ton odeur lombaire!

Pierre Louÿs

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 22:20

Dans l'auto,
le dernier franc changé
- A quelle heure pour Marseille?
Paris
court,
m'accompagnant
dans toute
son impossible beauté.
Approchez
de mes yeux
larmes de la séparation,
mon cœur
de sentimentalisme
inondez!
Je voudrais bien
vivre
et mourir à Paris,
s'il n'y avait pas cette terre
- Moscou! 

Vladimir Maiakovski

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 22:12

Tu as sept ans et tu vas à l'école
Tes vêtements sentent la colle
De menuisier
Tu as rempli de fleurs champêtres ton plumier
Tu marches lentement en évitant la fange
Tu as des étoiles dans tes cheveux qui te démangent
Tu regrettes un peu l'odeur des grands sapins
Tu voudrais t'arrêter et partager ton pain
Avec la petite fille qui passe
Tu n'es pas toujours le premier en classe
Tu es bavard
Tu dessines des chats sur ton papier buvard
Tu regardes souvent le ciel par la fenêtre
Tu rêves à de bons bergers qui t'ont vu naître
Mais tu sais lire aussi et déjà dans le vent
Tu découvres tout seul des tas de mots savants
Des mots qui prononcés font du bien à tes lèvres
Tu sais tresser le jonc et conduire les chèvres
D'un geste simple et doux apaiser les chevaux
Bruire comme un laurier pour consoler l'oiseau
Tu aimes caresser le front blanc de ta mère
Tu es l'Enfant que je vénère
Tu es bien le Fils de mon Dieu.

René-Guy Cadou

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 10:15

C'est cet hôtel. Cette chambre.
Le lit dans lequel ils ont dormi.
Les magnolias roses pendent encore dans l'armoire.
De leur amour ils ont contaminé presque toute la petite ville.
Les gens se tombaient dans les bras.
Les jeunes filles pendaient au cou des hommes comme de faux bijoux.
Dans les bureaux de change on échangeait les baisers.
On cessa de mourir.
Le corbillard transportait à présent de jeunes mariés.
Les employés lisaient des poèmes de Ronsard.
Les censeurs rayaient l'horizon.
Ils corrigeaient la vue de la fenêtre.
Sur la place du marché on suspendit
La fête de l'amour de Watteau
Des haut-parleurs on émettait
Dichterliebe les chants de Schuman.
On fixait aux animaux des ailes
en forme de cœur.
La terreur de l'amour étendit son règne sur la ville.
On précipitait les réfractaires dans l'abîme.
Est-il possible qu'ils ne veuillent pas aimer?
Quelqu'un tentait de prendre la parole - propos ineptes.
Quelqu'un d'autre avait un crime sur le bout de la langue.
Les rats quittaient en masse la petite ville sans un regard pour les feux d'artifice.
On dansait justement à un bal imposé.
Et eux seuls savaient
qu'un pas en avant c'est tout simplement la mort
et qu'un pas en arrière ce n'est qu'un meurtre

Ewa Lipska

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 10:10

Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête,
Ca n'existe pas, ça n'existe pas.

Une fourmi traînant un char
Plein de pingouins et de canards,
Ca n'existe pas, ça n'existe pas.

Une fourmi parlant français;
Parlant latin et javanais,
Ca n'existe pas, ça n'existe pas.

Eh! Pourquoi pas?

Robert Desnos

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