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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 22:36
Je me souviens du temps du tableau noir
Où craies, tampon maculaient nos blouses noires.
Je me rappelle de l'encrier blanc sur les tables percées,
De l'encre violette qui laissait nos mains tachées.
Je pense à ma plume Sergent Major qui glissait sur mon cahier,
A ces leçons de morale, à ces problèmes et aux dictées.

Du calcul mental aux devoirs de civilité,
Des moyens dérisoires, des leçons de choses,
De la cour de récré, du préau, des marronniers,
De la guerre des poux, des pissotières dehors pour celui qui ose,
Des châtaigniers, des fougères, des balades au bois,
Des chevaux de trait, des fraises des bois,
Des jeux de billes, de frondes et de toupies,
Des "bons-points", des images et de l'émeri,
Du Maître, de la Maîtresse, et de la cire d'abeilles,
D'une Nature luxuriante, comme nulle autre pareille...

Que de souvenirs de mon école communale,
Près de l'église et des pierres tombales!
Maître à la guitare, sentiers de feuilles mortes,
Ecolier d'aujourd'hui vis-tu ces sensations fortes?

Aujourd'hui, mon enfance est depuis longtemps enterrée,
Mais, les beaux souvenirs ne meurent jamais...

Régis Batrel
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Published by Asphodèles etc. - dans XXIème siècle
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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 22:29
Sans t'avoir rencontrée, d'avance je t'aimais
Et déjà, pour t'aimer, en moi je te donnais
Des prénoms parfumés, fruités, frottés de menthe
Qui flattaient mon palais et fouettaient mon attente.

Que de noms inventés pour caresser ton ombre,
Qui reviennent portés par les talons du Nombre!
Alouette, Velours, Corolle, Vénitienne,
Mandarine, Abricot, Dentelle, Aléoutienne!

Je t'appelais : "ma Pêche", et le pêché couvait
Les œufs d'or du plaisir sous le divin duvet;
Cerise souriait, je lui préférais Fraise
Qui guettait sous la feuille avec des yeux de braise.

Laine, de ses dix doigts, tricotait des mystères,
Une maille à l'endroit, une maille à l'envers,
Mais Soyeuse au grand cœur glissait, pas vu, pas pris,
Quelques soupçons d'enfer dans son vert paradis.

Je t'appelais Raisin, pour mieux te grapiller,
Rose, Muguet, Jasmin, parfums doux à piller ;
Je t'aimais, Cristalline, à en perdre le sens
Pour l'harmonie du cri né de la transparence.

Puis c'étaient des couleurs: Orange, Violet, Rouge,
Des saveurs : Sel et Miel, des peurs où le cœur bouge;
Le monde tout entier portait ton petit nom
En miettes, mais chanté par les quatre horizons.

Sans t'avoir rencontrée, d'avance je t'aimais
Et déjà, pour t'aimer, en moi je te nommais.

Marc Alyn
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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 22:03
La nuit était pour moi si très-obscure
Que Terre, et Ciel elle m'obscurcissait,
Tant qu'à Midi de discerner figure
N'avais pouvoir - qui fort me marrissait:
Mais quand je vis que l'aube apparaissait
En couleurs mille et diverse, et sereine,
Je me trouvai de liesse si pleine -
Voyant déjà la clarté à la ronde -
Que commençai louer à voix hautaine
Celui qui fait pour moi ce Jour au Monde.

Pernette du Guillet
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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 21:54
 Enfin, de jour en jour plus petit mais toujours sûr de sa forme, aveugle, solide et sec dans sa profondeur, son caractère est donc de ne pas se laisser confondre mais plutôt réduire par les eaux. Aussi, lorsque vaincu il est enfin du sable, l'eau n'y pénètre pas exactement comme à la poussière. Gardant alors toutes les traces, sauf justement celles du liquide, qui se borne à pouvoir effacer sur lui celles qu'y font les autres, il laisse à travers lui passer toute la mer, qui se perd en sa profondeur sans pouvoir en aucune façon faire avec lui de la boue.

 Je n'en dirai pas plus, car cette idée d'une disparition me donne à réfléchir sur les défauts d'un style qui appuie trop sur les mots.

 Trop heureux seulement d'avoir pour ces débuts su choisir le galet : car un homme d'esprit ne pourra que sourire, mais sans doute il sera touché, quand mes critiques diront : "Ayant entrepris d'écrire une description de la pierre, il s'empêtra."

Francis Ponge



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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 21:49
 Rentrant dans la chambre, toute l'âme en feu, j'entendis bientôt un heurt en quelque sorte plus fort qu'auparavant. "Sûrement, dis-je, sûrement c'est quelque chose à la persienne de ma fenêtre. Voyons donc ce qu'il y a et explorons ce mystère - que mon cœur se calme un moment et explore ce mystère; c'est le vent et rien de plus."

 Au large je poussai le volet, quand, avec maints enjouements et agitation d'ailes, entra un majestueux corbeau des saints jours de jadis. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s'arrêta ni n'hésita un instant: mais, avec une mine de lord ou de lady, se percha au-dessus de la porte de ma chambre - se percha sur un buste de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre - se percha - siégea et rien de plus.

 Alors cet oiseau d'ébène induisant ma triste imagination au sourire, par le grave et sévère décorum de la contenance qu'il eut: "Quoique ta crête soit chenue et rase, non! dis-je, tu n'es pas pour sûr un poltron, spectral, lugubre et ancien Corbeau, errant loin du rivage de Nuit - dis-moi quel est ton nom seigneurial au rivage plutonien de Nuit?" Le Corbeau dit: "Jamais plus !" 

Edgar A. Poe
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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 21:43
Homme, libre penseur! te crois-tu seul pensant
Dans ce monde où la vie éclate en toute chose?
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l'univers est absent.

Respecte dans la bête un esprit agissant :
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose;
Un mystère d'amour dans le métal repose ;
"Tout est sensible !" Et tout sur ton être est puissant.

Crains, dans le mur aveugle, un regard qui t'épie:
A la matière même un verbe est attaché...
Ne la fais pas servir à quelque usage impie!

Souvent dans l'être obscur habite un Dieu caché;
Et comme un œil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres!

Gérard de Nerval
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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 15:50
   Je vous l'ai dit, que je n'ai plus que ma langue, ce n'est pas une raison pour que vous persistiez, pour que vous vous obstiniez dans la langue.
   Allons, je serai compris dans dix ans par les gens qui feront aujourd'hui ce que vous faites. Alors on connaîtra mes geysers, on verra mes glaces, on aura appris à dénaturer mes poisons, on décelera mes jeux d'âmes.
   Alors tous mes cheveux seront coulés dans la chaux, toutes mes veines mentales, alors on percevra mon bestiaire, et ma mystique sera devenue un chapeau. Alors on verra fumer les jointures des pierres, et d'arborescents bouquets d'yeux mentaux se cristalliseront en glossaires, alors on verra choir des aérolithes de pierre, alors on verra des cordes, alors on comprendra la géométrie sans espaces, et on apprendra ce qu'est la configuration de l'esprit, et on comprendra comment j'ai perdu l'esprit.
   Alors on comprendra pourquoi mon esprit n'est pas là, alors on verra toutes les langues tarir, tous les esprits se dessécher, toutes les langues se racornir, les figures humaines s'aplatiront, se dégonfleront, comme aspirées par des ventouses desséchantes, et cette lubrifiante membrane continuera à flotter dans l'air, cette membrane lubrifiante et caustique, cette membrane à deux épaisseurs, à multiples degrés, à un infini de lézardes, cette mélancolique et vitreuse membrane, mais si sensible, si pertinente elle aussi, si capable de se multiplier, de se dédoubler, de se retourner avec son miroitement de lézardes, de sens, de stupéfiants, d'irrigations pénétrantes et vireuse,
   alors tout ceci sera trouvé bien,
   et je n'aurai plus besoin de parler.

Antonin Artaud

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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 15:47
Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme
Ecoutez la chanson lente d'un batelier
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds

Debout chantez plus haut en dansant une ronde
Que je n'entende plus le chant du batelier
Et mettez auprès de moi toutes les filles blondes
Au regard immobile aux nattes repliées

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
Tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été

Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire.

Guillaume Apollinaire
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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 15:41
Dans les rues de la ville il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima?

Il cherche son pareil dans le vœu des regards.
L'espace qu'il parcourt est ma fidélité.
Il dessine l'espoir et léger l'éconduit.

Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.
Je vis au fond de lui comme une épave heureuse.
A son insu, ma solitude est son trésor.
Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima
Et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?

René Char
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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 15:37
C'est toujours la même chanson,
O mon amour, que je fredonne :
Tout ce que j'ai, je te le donne,
Nos cœurs battent à l'unisson.

Sur les quais, le long de la Seine,
A Montmartre, près des moulins,
Mes souvenirs entrent en scène :
Bonjour, Paris des assassins!
Bonjour, Paris des midinettes,
Des filles, des mauvais garçons,
Des clochards et des bals-musette!
Si je te dois d'être poète,
C'est sur un air d'accordéon.

Francis Carco
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