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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 13:37
Comme un courant d'eau douce à travers l'âcre mer,
Nos secrètes amours, tendrement enlacées,
Passent parmi ce siècle impie, à la pensée
Dure, et qui n'a pas mis son âme dans sa chair.

Nous avons le sourire ivre des blanches noces
Qui mêlent nos contours émouvants et lactés,
Et dans nos yeux survit la dernière beauté
Du monde, et dans nos coeurs le dernier sacerdoce.

Nous conduisons parmi les baumes et les fleurs
La lenteur de nos pas rythmés comme des strophes,
Portant seules le faix souverain des étoffes,
Les pierres et les fards, et l'orgueil des couleurs.

Nous sommes le miroir de nous-mêmes, l'aurore
Qui se répète au fond du lac silencieux,
Et notre passion est un vin précieux
Qui brûle, contenu dans une double amphore.

Mais parfois la lueur fauve de nos regards
Epouvante ceux-là qui nous nomment damnées,
Et l'horreur vit en nous ainsi qu'en nos aînées
Qui lamentaient les nuits dans leurs cheveux épars,

Car à travers ta joie et ta grâce indicibles
Et le royal dédain de nos graves amours,
Nous sanglotons tout bas de rencontrer toujours
Devant nous le grand gouffre ouvert de l'impossible.

Lucie Delarue-Mardrus
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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 13:34
Des roses de Lormont la rose la plus belle,
Georgina, près des flots nous souriait un soir:
L'orage, dans la nuit, la toucha de son aile,
Et l'Aurore passa triste, sans la revoir!

Pure comme une fleur, de sa fragile vie
Elle n'a respiré que les plus beaux printemps.
On la pleure, on lui porte envie:
Elle aurait vu l'hiver; c'est vivre trop de temps!

Marceline Desbordes-Valmore
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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 13:30
Par ce temps si bénin, après tant de froidure,
Dans les grands terrains gris, sur les coteaux chenus,
On a l'impression parmi ces arbres nus
D'un très beau jour d'été sans fleurs et sans verdure.

Les pieds ne glissent plus sur la terre moins dure
Où les feux du soleil, presque tous revenus,
Allument cailloux, rocs, sable et gazons menus.
Dans l'atmosphère souffle un vent tiède qui dure.

Et çà et là - près d'un marais,
D'un taillis, d'un pacage, auprès
D'un ruisseau bordé de vieux aunes,

Le printemps s'annonce à vos yeux
Avec le vol silencieux
De beaux petits papillons jaunes.

Maurice Rollinat
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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 18:46
Elle court dans la maison
acheminant mille choses
de la cuisine
au salon
poupées
petites choses
qu’elle arrange à son gré
en grand secret
avec d’étranges façons

Elle danse aussi
s’accompagnant d’une chanson
d’une scie
d’un tournevis
cela n’a guère d’importance
car pour elle
c’est un peu la même chose
qui fait du bruit et désennuie

Assise maintenant
à la grand table
sage
elle n’ose
et demande pour finir
gourmande
la plus grosse part du gros gâteau

Amande
son œil avise
et comprend toute chose
sa peau est mate
et rose cependant
comme ses lèvres
abricot de ses dents

Poupée
Petite chose
Tu t’appelles Marie
Et tu as deux ans.

Jean-Luc Brière

http://sans-tabous-ni-totems.over-blog.com/article-33891957.html

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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 18:38
Je mets mon vit contre ta joue
le bout frôle ton oreille
lèche mes bourses lentement
ta langue est douce comme l’eau

ta langue est crue comme une bouchère
elle est rouge comme un gigot
sa pointe est un coucou criant,
mon vit sanglote de salive

ton derrière est ma déesse
il s’ouvre comme ta bouche
je l’adore comme le ciel
je le vénère comme un feu

je bois dans ta déchirure
j’étale tes jambes nues
je les ouvre comme un livre
où je lis ce qui me tue.

Georges Bataille
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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 18:34
Une page se tourne pour se démultiplier
Taillée avec mon corps mon sang et mon âme.
Je pars avec les rosiers donquichottesques
En quête d’une innocence rédemptrice.
L’art chante dans la jungle de mes veines
Et m’emporte au son de la dernière marée.
Peut-être n’est-il que l’orage
Pour détacher l’arc-en-ciel de l’ombre.
Légèreté nue lumière onction de la vie
Je pars chercher d’autres mots.

Cristina Castello
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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 18:30
Vous m'avez dit, tel soir, des paroles si belles
Que sans doute les fleurs, qui se penchaient vers nous,
Soudain nous ont aimés et que l'une d'entre elles,
Pour nous toucher tous deux, tomba sur nos genoux.

Vous me parliez des temps prochains où nos années,
Comme des fruits trop mûrs, se laisseraient cueillir;
Comment éclaterait le glas des destinées,
Comment on s'aimerait, en se sentant vieillir.

Votre voix m'enlaçait comme une chère étreinte,
Et votre cœur brûlait si tranquillement beau
Qu'en ce moment, j'aurais pu voir s'ouvrir sans crainte
Les tortueux chemins qui vont vers le tombeau.

Emile Verhaeren
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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 18:25
Un rêve de bonheur qui souvent m'accompagne,
C'est d'avoir un logis donnant sur la campagne,
Près des toits, tout au bout du faubourg prolongé,
Où je vivrais ainsi qu'un ouvrier rangé.
C'est là, me semble-t-il, qu'on ferait un bon livre.
En hiver, l'horizon des coteaux blancs de givre;
En été, le grand ciel et l'air qui sent les bois;
Et les rares amis, qui viendraient quelquefois
Pour me voir, de très loin, pourraient me reconnaître,
Jouant du flageolet, assis à ma fenêtre.

François Coppée

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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 21:16
A la poste d'hier tu télégraphieras
que nous sommes bien morts avec les hirondelles.
Facteur triste facteur un cercueil sous ton bras
va-t-en porter ma lettre à tire-d'elle.

La boussole est en os mon cœur tu t'y fieras.
quelque tibia marque le pôle et les marelles
pour amputés ont un sinistre aspect d'opéras
Que pour mon épitaphe un dieu taille ses grêles!

C'est ce soir que je meurs ma chère Tombe-Issoire,
Ton regard le plus beau ne fut qu'un accessoire
De la machinerie étrange du bonjour:

Adieu! je vous aimai sans scrupule et sans ruse,
ma Folie-Méricourt ma silencieuse intruse.
Boussole à flèche torse annonce le retour.

Robert Desnos
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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 21:13
Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie:
Ma seule étoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phœbus?…. Lusignan ou Biron?
Mon front est rouge encore du baiser de la Reine;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la Syrène…

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron:
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la fée.

Gérard de Nerval
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