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19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 21:53

Sidonie a plus d'un amant,
C'est une chose bien connue
Qu'elle avoue, elle, fièrement.
Sidonie a plus d'un amant
Parce que, pour elle, être nue
Est son plus charmant vêtement.
C'est une chose bien connue,
Sidonie a plus d'un amant.

Elle en prend à ses cheveux blonds
Comme, à sa toile, l'araignée
Prend les mouches et les frelons.
Elle en prend à ses cheveux blonds.
Vers sa prunelle ensoleillée,
Ils volent, pauvres papillons,
Comme, à sa toile l'araignée,
Elle en prend à ses cheveux blonds.

Elle en attrape avec les dents
Quand le rire entrouvre sa bouche
Et dévore les imprudents.
Elle en attrape avec les dents.
Sa bouche, quand elle se couche,
Reste rose et ses dents dedans.
Quand le rire entrouvre sa bouche
Elle en attrape avec les dents.

Elle les mène par le nez
Comme fait, dit-on, le crotale
Des oiseaux qu'elle a fascinés.
Elle les mène par le nez.
Quand dans une moue elle étale
Sa langue à leurs yeux étonnés,
Comme fait, dit-on, le crotale
Elle les mène par le nez

Sidonie a plus d'un amant,
Qu'on le lui reproche ou l'en loue
Elle s'en moque également.
Sidonie a plus d'un amant.
Aussi, jusqu'à ce qu'on la cloue
Au sapin de l'enterrement
Qu'on le lui reproche ou l'en loue,
Sidonie aura plus d'un amant.

Charles Cros

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 23:01

Tu liras les pierres que tes pas fouleront
T’enlisant aux lierres de ta peur viscérale
Sous cette poussière d’allures cathédrale
Ombre de paupière plaquée comme un affront

Tu traînes Cœur-de-nuit balançant tes amours
Aux hommes des minuits déchiquetant ton âme
Belle Garce-de-nuit à la vie psychodrame
Dérisoire sauf-conduit aux pavés sans tambours

Les fleurs de barbelés ont poussé sur ton cœur
Et tes yeux ont brûlé la chandelle sans vie
De ce corps mutilé d’envies inassouvies
Les veines sont taillées au pied du Sacré-Cœur

Elle a jeté tes jours au gré des notes noires
Infini contre-jour des ivoires d’un piano
Au sein du carrefour, tes cris en soprano
S’envolent sans retour voués à l’expiatoire.

Si tu savais?

Thierry Le Gall

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 22:18

Toute blanche dans la nuit brune
La neige tombe en voletant,
Ô pâquerettes! Une à une
Toutes blanches dans la nuit brune!
Qui donc là-haut plume la lune?
Ô frais duvet ! Flocons flottants!
Toute blanche dans la nuit brune  
La neige tombe en voletant.

La neige tombe, monotone,
Monotonement, par les cieux;
Dans le silence qui chantonne,
La neige tombe monotone,
Elle file, tisse, ourle et festonne
Un suaire silencieux.
La neige tombe, monotone,
Monotonement par les cieux.

Jean Richepin

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 17:53

Renverse-toi que je prenne ta bouche,
Calice ouvert, rouge possession,
Et que ma langue où vit ma passion
Entre tes dents s'insinue et te touche.

C'est une humide et molle profondeur,
Douce à mourir, où je me perds et glisse;
C'est un abîme intime, clos et lisse,
Où mon désir s'enfonce jusqu'au cœur…

Ah! Puisse aussi t'atteindre au plus sensible,
Dans son ampleur et son savant détail,
Ce lent baiser, seule étreinte possible,
Fait de silence et de tiède corail;

Puissé-je voir enfin tomber ta tête
Vaincue, à bout de sensualité,
Et détournant mes lèvres, te quitter,
Laissant au moins ta bouche satisfaite!

Lucie Delarue-Mardrus

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 21:32

Tant que mes yeux pourront larmes épandre
À l'heur passé avec toi regretter:
Et qu'aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre:

Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignard Luth, pour tes grâces chanter:
Tant que l'esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre:

Je ne souhaite encore point mourir.
Mais quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d'amante:
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.

 

Louise Labé

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 21:24

Chatte blanche, chatte sans tache,
Je te demande, dans ces vers,
Quel secret dort dans tes yeux verts,
Quel sarcasme sous ta moustache.

Tu nous lorgnes, pensant tout bas
Que nos fronts pâles, que nos lèvres
Déteintes en de folles fièvres,
Que nos yeux creux ne valent pas.

Ton museau que ton nez termine
Rose comme un bouton de sein
Tes oreilles dont le dessin
Couronne fièrement ta mine.

Pourquoi cette sérénité?
Aurais-tu la clé des problèmes
Qui nous font frissonnants et blêmes,
Passer le printemps et l'été?

Devant la mort qui nous menace,
Chats et gens, ton flair, plus subtil
Que notre savoir, te dit-il
Où va la beauté qui s'efface?

Où va la pensée, où s'en vont
Les défuntes splendeurs charnelles?
Chatte, détourne tes prunelles,
J'y trouve trop de noir au fond.

 

Charles Cros

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 10:19

Blotti sous la tiédeur des nymphes repliées
Comme un pistil de chair dans un lys douloureux
Le Clitoris, corail vivant, cœur ténébreux,
Frémit au souvenir des bouches oubliées.

Toute la Femme vibre et se concentre en lui
C'est la source du rut sous les doigts de la vierge
C'est le pôle éternel où le désir converge
Le paradis du spasme et le Cœur de la Nuit.

Ce qu'il murmure aux flancs, toutes les chairs l'entendent
A ses moindres frissons les mamelles se tendent
Et ses battements sourds mettent le corps en feu.

Ô Clitoris, rubis mystérieux qui bouges
Luisant comme un bijou sur le torse d'un dieu
Dresse-toi, noir de sang, devant les bouches rouges!

Pierre Louÿs

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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 16:47

Le ciel peu à peu se venge
De la ville qui le mange.

Sournois, il attrape un toit,
Le croque comme une noix,

Dans la cheminée qui fume
Il souffle et lui donne un rhume.

Il écaille les fenêtres.
N'en laisse que les arêtes.

Il coiffe les hautes tours
D'un nuage en abat-jour.

Il chasse le long des rues
Les squelettes gris des grues.

La nuit, laineuse toison,
Il la tend sur les maisons.

Il joue à colin-maillard
Avec les lunes du brouillard.

La ville défend au ciel
De courir dans ses tunnels.

Mais le ciel tout bleu de rage
Sort le métro de sa cage.

Taches d'encre, taches d'huile
Sur le ciel crache la ville.

Mais le ciel pour les laver
Pleut sans fin sur les pavés.

Charles Dobzynski

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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 10:37

Je ne l'entendais pas, tant je la regardais
Par sa robe entr'ouverte, au loin je me perdais,
Devinant les dessous et brûlé d'ardeurs folles:
Elle se débattait, mais je trouvai ses lèvres!
Ce fut un baiser long comme une éternité
Qui tendit nos deux corps dans l'immobilité
Elle se renversa, râlant sous ma caresse;
Sa poitrine oppressée et dure de tendresse
Haletait fortement avec de longs sanglots.
Sa joie était brûlante et ses yeux demi-clos;
Et nos bouches, et nos sens, nos soupirs se mêlèrent
Puis, dans la nuit tranquille où la campagne dort,
Un cri d'amour monta, si terrible et si fort
Que des oiseaux dans l'ombre effarés s'envolèrent
Ainsi que deux forçats rivés aux mêmes fers
Un lien nous tenait, l'affinité des chairs.

Guy de Maupassant

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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 22:47

"Le baiser en l’Amour est l’octave en Musique,
Vous en avez pris un, et vous en voulez deux;
Pourquoi énervez-vous les accords amoureux,
C’est pécher, disiez-vous, contre la Théorique.

— Non je ne baise point qu’en pure Arithmétique,
Répondis-je soudain, deux baisers savoureux
Font nombre, l’unité est un rien malheureux
Payez-moi, vous devez une chose Physique.

— Que vous êtes mauvais, répliquâtes-vous lors,
Qui pourrait résister à arguments si forts,
Qui me font succomber en si juste querelle?

— Moi" répondit Amour, et d’un dard furieux,
Qu’il trempa plusieurs fois aux flammes de vos yeux,
Il m’enfonça le cœur d’une plaie immortelle.

Abraham de Vermeil

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