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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 21:27

Elle tend au ciel ses bras liquides 
par où elle meurt tailladée
elle est la nuit du tocsin ultime
la danseuse de feu qui se noie
une fatigue de roseaux brisés emmêlés
de ressacs sans fin et sans espoir
l'a jetée là
miliaire dérisoire au bord du temps
d'où elle m'appelle
tout est dit de son règne menteur
tapie sous l'escalier des caries
la nuit tremblante expie ses excès
d'ombre et de lumière
elle a jeté à mes pieds
sa robe de noces
de cette voie lactée qu'elle arpentait
en incendiant la dimension
plus de signes ne me parviendront
tôt ce matin j'avais préparé les curares
pour l'irréversible tétanie
dans un fouillis de lianes où jamais
je n'ai pu démêler le vrai du faux
vraie lune faux soleil où est la clarté
sinon au fond de ce que je pleure
dans ce tissu de la robe respirée
dans cette rémanence d'odeurs d'humus
de cannelle de poivre et de truffe mouillée
parmi des remugles d'enfance
à courir le sous bois au généreux
divans velus
ce soir je suis nu mon sexe est froid
j'ai perdu tous mes gains
jeune homme
j'avais connu l'entre seins
de la déesse des rondeurs
et jonglé avec les artefacts de la cyprine
j''avais esquissé à fines caresses
la première femme
celle qui
ce soir me fermera les paupières

Christian E. Andersen

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 22:21

Il va neiger dans quelques jours. Je me souviens
de l’an dernier. Je me souviens de mes tristesses
au coin du feu. Si l’on m’avait demandé: qu’est-ce? 
j’aurais dit: laissez-moi tranquille. Ce n’est rien.  

J’ai bien réfléchi, l’année avant, dans ma chambre,
pendant que la neige lourde tombait dehors.
J’ai réfléchi pour rien. À présent comme alors
je fume une pipe en bois avec un bout d’ambre.

Ma vieille commode en chêne sent toujours bon.
Mais moi j’étais bête parce que tant de choses
ne pouvaient pas changer et que c’est une pose
de vouloir chasser les choses que nous savons.

Pourquoi donc pensons-nous et parlons-nous? c’est drôle; 
nos larmes et nos baisers, eux, ne parlent pas,
et cependant nous les comprenons, et les pas
d’un ami sont plus doux que de douces paroles.

On a baptisé les étoiles sans penser
qu’elles n’avaient pas besoin de nom, et les nombres,
qui prouvent que les belles comètes dans l’ombre
passeront, ne les forceront pas à passer.

Et maintenant même, où sont mes vieilles tristesses
de l’an dernier? À peine si je m’en souviens. 
Je dirais: Laissez-moi tranquille, ce n’est rien, 
si dans ma chambre on venait me demander: qu’est-ce?

Francis Jamme

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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 18:20

Voulez-vous que je vous dise un secret?
Soyez assis
Maman a un trou entre les jambes
Un trou noir caché sous les poils
Comme un poussin dans une fourrure de lapin
Un trou noir comme un énorme œil éthiopien
Où se cache un gros rat aux yeux d'enfant
Avec une langue fourchue couverte de glandes
Qui sécrète un miel attirant les insectes dont il fait sa proie

Fernand Chocapic

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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 22:12

Blanc et noir confondus
Ciel confus
Deux femmes
Soudées
Corps gymniques
Déhanchements
Bourgeois
Hymne saphique
Cheveux lâchés
Bouches sucrées
Poitrines de miels
Bras relâchés
Amours tronquées
Lèvres bafouées

Tendresses
Contre des ventres
Doués saccadés
Pétales de fleurs
Mouillées
Le noir touche bémol
Le blanc frôle dièse
Clef de sol
Sonates amoureuses
Mille symphonies
Percutent mes timbales
Amoureuses perdues
Mon clavier volage
Flotte tumulte
Blanc et noir
Parlez moi couleurs
Je compose un chœur.

Papyanar

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 23:55

Vous ne saurez jamais que votre âme voyage
Comme au fond de mon cœur un doux cœur adopté;
Et que rien, ni le temps, d'autres amours, ni l'âge,
N'empêcheront jamais que vous ayez été.

Que la beauté du monde a pris votre visage,
Vit de votre douceur, luit de votre clarté,
Et que ce lac pensif au fond du paysage
Me redit seulement votre sérénité.

Vous ne saurez jamais que j'emporte votre âme
Comme une lampe d'or qui m'éclaire en marchant;
Qu'un peu de votre voix a passé dans mon chant.

Doux flambeau, vos rayons, doux brasier, votre flamme,
M'instruisent des sentiers que vous avez suivis,
Et vous vivez un peu puisque je vous survis.

Marguerite Yourcenar

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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 09:20

Ma lande mon enfant ma bruyère
Ma réelle mon flocon mon genêt,
Je te regarde demain t’emporte
Où je ne saurais aller.

Ma bleue mon avril ma filante
Ma vie s'éloigne à reculons,
A toi les oiseaux et la lampe
A toi les torches et le vent.

Mon cygne mon amande ma vermeille
A toi l'impossible que j'aimais
A toi la vie, sel et soleil,
A toi, brève invitée.

Andrée Chedid

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 22:00

Le néné est la huitième merveille du monde
Il se situe à égale distance entre Rhodes et Babylone
Car il tient à la fois du Colosse par sa nature généreuse
Et des jardins suspensus par les bretelles du soutien-gorge

Le navigateur solitaire, avec son œil américain, tentera par tous les moyens
de vous prouver le contraire. Il vous racontera son cauchemar d'un tête-à-
tête avec un immense poisson blanc, monstre sans paupière qui le regardait fixement.
Comme lui, beaucoup se sont cassé les dents sur le tatou géant ...

Craignez ses rêves et sa myopie
Regardez-le et vous aurez peur
Et vous serez émus
Et vous serez sur le cul tant la beauté assoit les gens

Fernand Chocapic

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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 20:25

De mes vers, écrits si tôt
Que je ne me savais pas poète,
Jaillis comme l'eau des fontaines,
Comme le feu des fusées,

S'engouffrant comme des diablotins
Dans le sanctuaire plein de rêves et d'encens,
De mes vers de jeunesse et de mort
- De mes vers jamais lus! -

Jetés dans la poussière des libraires
(où personne n'en veut ni n'en a voulu),
De mes vers, comme des vins précieux
Viendra le tour.

Marina Tsvetaeva

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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 22:47

Pour plus d'agilité, pour le loyal duel,
Les témoins ont jugé, qu'elles se battraient nues.
Les causes du combat resteront inconnues.
Les deux ont dit : Motif tout individuel.

La blonde a le corps blanc, plantureux, sensuel;
Le sang rougit ses seins blancs et ses lèvres charnues.
La brune a le corps d'ambre et des formes ténues;
Les cheveux noirs-bleus font ombre au regard cruel.

Cette haie où l'on a jeté chemise et robe,
Ce corps qui tour à tour s'avance ou se dérobe,
Ces seins dont la fureur fait se dresser les bouts,

Ces battements de fer, ces sifflantes caresses,
Tout paraît amuser ce jeune homme à l'œil doux
Qui fume en regardant se tuer ses maîtresses.

Charles Cros

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 16:28

C'est bien du grand beau temps
et ce matin en ouvrant les volets
c'est bien le bleu du ciel
qui nous a fait un bon moment
rester sans rien nous dire
simplement regarder
à travers les branches
le ciel de cette journée
qui allait une fois encore
partir pour une histoire
où rien - mais rien -
ne nous rendrait un peu
de ces minutes
qui nous avaient retenus
derrière la fenêtre
comme devant une toile
dont nous aurions été les premiers
à lire les couleurs
sur une terre qui tourne
à la manière d'une phrase sur elle-même
sans rien avancer d'autre parfois
qu'une immense certitude
parfaitement collée à la réalité

François de Cornière

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