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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 18:16

Mes mains cherchent sur toi la place
où ma caresse fait son bruit de soie
et nos corps se tiennent debout avec, contre eux,
le poids des murs de toute une ville.

D'un seul regard, d'un seul baiser,
je suis plus près de ton corps que tu ne le seras jamais
et ta bouche vient se poser sur la mienne un peu comme
l'écume au-dessus d'un ruisseau noir.

Il suffit que je te prenne dans mes bras
pour qu'entre nous surgisse un essaim
dont nous pressons la grappe chaude
à l'endroit où nous sommes hauts d'un seul sommet.

Lucien Becker

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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 18:13

Les vipères précieuses
Qui vont boire
Glissent sous les paupières
Du grès.

La perdrix, dans les prêles,
Chantera jusqu'à la nuit.

Les peupliers, ruisselants
De bonnes nouvelles,
Tremblent sous les pieds légers
Du soleil.

Je suis l'homme
Aux durs talons,
Aux mains d'écorce;
Les couteaux rouges du pré
Traversent mes cheveux,
Et mon souffle au tien se mêle,
Bonne chair aventureuse
De la terre.

Jean Rousselot

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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 16:48

Sur mon cendrier coquillage
Brûle mon mégot de misère
Je divise le vent du large
Et les oiseaux de mes prières
Font des circuits sur mon visage

A mon cœur s'accrochent les herbes
Du tombeau le plus délaissé
Quel est le pauvre qu'on enterre
A la limite du quartier?
Sous les sapins du cimetière
Son chien s'éloigne à cloche-pied

Près du canal calme je fume
Un chaste tabac trafiqué
Le chien du pauvre à mes côtés
Cherche un cadavre à dévorer.

Charles Le Quintrec

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 22:57

Des milliers d'yeux jaunes luisent dans la forêt,
Me réclament le sang.
Que je ferme un instant les yeux,
Ils s'abattront sur moi,
Ils me dissoudront dans l'humus
Où depuis toujours
Je sens mon odeur.

*

Mais mourir,
Ce peut être une grande fatigue
Un soir,
Et un aveu.

Guillevic

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 22:53

Venise pour le bal s'habille,
De paillettes tout étoilé,
Scintille, fourmille et babille
Le carnaval bariolé.

Arlequin, nègre par son masque,
Serpent par ses mille couleurs,
Rosse d'une note fantasque
Cassandre, son souffre-douleurs.

Battant de l'aile avec sa manche
Comme un pingouin sur un écueil,
Le blanc Pierrot, par une blanche,
Passe la tête et cligne l'œil.

Le Docteur Bolonais rabâche
Avec la basse aux sons traînés
Polichinelle, qui se fâche,
Se trouve une croche pour nez.

Heurtant Trivelin qui se mouche
Avec trille extravagant,
A Colombine Scaramouche
Rend son éventail ou son gant.

Sur une cadence se glisse
Un domino ne laissant voir
Qu'un malin regard en coulisse
Aux paupières de satin noir.

Ah! fine barbe de dentelle,
Que fait voler un souffle pur,
Cet arpège m'a dit : C'est elle!
Malgré tes réseaux, j'en suis sûr,

Et j'ai reconnu, rose et fraîche,
Sous l'affreux profil de carton,
Sa lèvre au fin duvet de pêche,
Et la mouche de son menton.

Théophile Gautier

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 22:49

Une mouche voyant une jatte de crème
S'écria: "Quelle chance! Ah! que cela me plait!
O délice! O bonheur extrême!
Des œufs frais, du sucre et du lait,
Un tendre arôme de vanille;
rien ne met plus de douceur en mon cœur."
Elle volette, elle frétille,
elle s'approche, elle gambille,
sur le rebord
et c'est alors
que sur la faïence trop lisse,
la mouche glisse
et succombe dans les délices
de cette crème couleur d'or.

Parfois, les choses que l'on aime
sont des dangers.
Il n'est pas toujours sûr que l'on puisse nager
dans la meilleure des crèmes.

Pierre Gamarra

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 22:44

Ce sont de drôles de types qui vivent de leur plume
Ou qui ne vivent pas c'est selon la saison
Ce sont de drôles de types qui traversent la brume
Avec des pas d'oiseaux sous l'aile des chansons

Leur âme est en carafe sous les ponts de la Seine
Leurs sous dans les bouquins qu'ils n'ont jamais vendus
Leur femme est quelque part au bout d'une rengaine
Qui nous parle d'amour et de fruit défendu

Ils mettent des couleurs sur le gris des pavés
Quand ils marchent dessus ils se croient sur la mer
Ils mettent des rubans autour de l'alphabet
Et sortent dans la rue leurs mots pour prendre l'air

Ils ont des chiens parfois compagnons de misère
Et qui lèchent leurs mains de plume et d'amitié
Avec dans le museau la fidèle lumière
Qui les conduit vers les pays d'absurdité

Ce sont de drôles de types qui regardent les fleurs
Et qui voient dans leurs plis des sourires de femme
Ce sont de drôles de types qui chantent le malheur
Sur les pianos du cœur et les violons de l'âme

Leur bras tout déplumés se souviennent des ailes
Que la littérature accrochera plus tard
A leur spectre gelé au-dessus des poubelles
Où remourront leurs vers comme un effet de l'Art

Ils marchent dans l'azur la tête dans les villes
Et savent s'arrêter pour bénir les chevaux
Ils marchent dans l'horreur la tête dans des îles
Où n'abordent jamais les âmes des bourreaux

Ils ont des paradis que l'on dit d'artifice
Et l'on met en prison leurs quatrains de dix sous
Comme si l'on mettait aux fers un édifice
Sous prétexte que les bourgeois sont dans l'égout...

Léo Ferré

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 23:47

- C'est une honte! s'exclama
L'inspecteur des travaux infinis
Devant le chantier
Silencieux :
Le vitrier dort, les maçons sommeillent,
Le serrurier ronfle, l'architecte rêve,
Les peintres reposent,
Les menuisiers somnolent,
Les plombiers roupillent,
Les carreleurs pioncent,
Les sanitaires en écrasent
Il n'y a que vous, mon cher, que vous
A rester debout:
Votre zèle est honorable
Quelle est votre affectation?
je suis le marchand de sable.

Pierre Ferran

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 23:43

Au grand galop soulevant la poussière
J'irai là-bas le long de tes canyons,
Et dans ton ciel tout brûlant de lumière
Eclatera la joie de mes chansons.

Je conduirai la vieille diligence
Je bâtirai mon ranch au bord de l'eau.
Sous les étoiles, la nuit dans le silence,
Près d'un feu clair chantera mon banjo.

Pourtant jamais ne pourront me suffire
Tous ces trésors que j'aurai découverts.
Je reviendrai dans mon pays revivre
Au souvenir des galops du désert.

Et des amis j'en aurai par centaines;
Nous bâtirons le monde de demain.
Un monde en paix où la joie sera reine
Ce monde heureux dont rêvent les copains.

Tes blancs chevaux m'appellent
Et les plaines si belles.
Far west, far west!
Y'a de l'or à la pelle
Et des villes nouvelles:
Allons vers le far west!

Raymond Fau

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 22:55

Il était une feuille avec ses lignes.
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de cœur.

Il était une branche au bout de la feuille.
Ligne fourchue, signe de vie
Signe de chance
Signe de cœur.

Il était un arbre au bout de la branche.
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de cœur.

Cœur gravé, percé, transpercé
Un arbre que nul jamais ne vit.

Il était des racines au bout de l'arbre.
Racine, signe de vie
Vignes de chance
Vigne de cœur.

Au bout de ces racines, il était la Terre.
La Terre tout court.
La Terre toute ronde.
La Terre toute seule au travers du ciel.
La Terre.

Robert Desnos

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