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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 21:33

Chute des reins, chute du rêve enfantin d'être sage,
Fesses, trône adoré de l'impudeur,
Fesses, dont la blancheur divinise encor la rondeur,
Triomphe de la chair mieux que celui par le visage!

Seins, double mont d'azur et de lait aux deux cîmes brunes,
Commandant quel vallon, quel bois sacré!
Seins, dont les bouts charmants sont un fruit vivant, savouré
Par la langue et la bouche ivres de ces bonnes fortunes!

Fesses, et leur ravin mignard d'ombre rose un peu sombre
Où rôde le désir devenu fou,
Chers oreillers, coussin au pli profond pour la face ou
Le sexe, et frais repos des mains après ces tours sans nombres!

Seins, fins régals aussi des mains qu'ils gorgent de délices,
Seins lourds, puissants, un brin fiers et moqueurs,
Dandinés, balancés, et, se sentant forts et vainqueurs,
Vers nos prosternements comme regardant en coulisse!

Fesses, les grandes sœurs des seins vraiment, mais plus nature,
Plus bonhomme, sourieuses aussi,
Mais sans malices trop et qui s'abstiennent du souci
De dominer, étant belles pour toute dictature!

Mais quoi? Vous quatre, bons tyrans, despotes doux et justes,
Vous impériales et vous princiers,
Qui courbez le vulgaire et sacrez vos initiés,
Gloire et louange à vous,
Seins très saints, Fesses très augustes!

Paul Verlaine

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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 22:11

Des voyageurs racontent qu'au milieu des glaces arctiques, ils rencontrèrent un vieux navire gelé par les hivers. Ils pénétrèrent, avec une terreur mêlée de respect, dans cette nef vide et froide, où tout semblait métamorphosé par le temps: les voiles, les agrès, les cordages. Ils peignent, d'une manière grave et puissante, le spectacle qu'on apercevait du tillac, à travers les embrasures de neige qui formaient ses bastingages. Le navire était immobile, et l'on voyait au loin des Alpes vagabondes, qui se ruaient les unes contre les autres avec un bruit épouvantable. Je me suis souvent rappelé cette image, en entrant le soir dans une église, dans ces grands vaisseaux de pierre, à l'ancre au milieu des tempêtes et des roulis du monde, qui défient les orages de leurs mâts de granit et de leurs voiles de marbre; on se sent saisi d'une sorte d'effroi curieux, en songeant que cette barque pétrifiée a beau ne pas bouger des flots, elle vous conduit au port.

Jules Lefèvre-Deumier

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 22:16

Mon avenir sur ton visage est dessiné comme des nervures sur une feuille,
Ta bouche quand tu ris est ciselée dans l’épaisseur d’une flamme,
La douceur luit dans tes yeux comme une goutte d’eau dans la fourrure d’une vivante zibeline,
La houle ensemence ton corps et telle une cloche ta frénésie à toute volée résonne à travers mon sang
Comme tous les fleuves abandonnent leurs lits pour le fond de sable de ta beauté,
Comme des caravanes d’hirondelles regagnent tous les ans la clémence de ton méridien,
En toute saison je me cantonne dans l’invariable journée de ta chair,
Je suis sur cette terre pour être à l’infini brisé et reconstruit par la violence de tes flots,
Ton délice à chaque instant me recrée tel un cœur ses battements,
Ton amour découpe ma vie comme un grand feu de bois à l’horizon illimité des hommes.

René Depestre

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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 23:15

Quand la sueur de l'Indien se trouva brusquement tarie par le soleil
Quand la frénésie de l'or draina au marché la dernière goutte de sang indien
De sorte qu'il ne resta plus un seul Indien aux alentours des mines d'or
On se tourna vers le fleuve musculaire de l'Afrique
Pour assurer la relève du désespoir
Alors commença la ruée vers l'inépuisable
Trésorerie de la chair noire
Alors commença la bousculade échevelée
Vers le rayonnant midi du corps noir
Et toute la terre retentit du vacarme des pioches
Dans l'épaisseur du minerai noir
Et tout juste si des chimistes ne pensèrent
Au moyen d'obtenir quelque alliage précieux
Avec le métal noir tout juste si des dames ne
Rêvèrent d'une batterie de cuisine
En nègre du Sénégal d'un service à thé
En massif négrillon des Antilles
Tout juste si quelque curé
Ne promit à sa paroisse
Une cloche coulée dans la sonorité du sang noir
Ou encore si un brave Père Noël ne songea
Pour sa visite annuelle
À des petits soldats de plomb noir
Ou si quelque vaillant capitaine
Ne tailla son épée dans l'ébène minéral
Toute la terre retentit de la secousse des foreuses
Dans les entrailles de ma race
Dans le gisement musculaire de l'homme noir
Voilà de nombreux siècles que dure l'extraction
Des merveilles de cette race
Ô couches métalliques de mon peuple
Minerai inépuisable de rosée humaine
Combien de pirates ont exploré de leurs armes
Les profondeurs obscures de ta chair
Combien de flibustiers se sont frayé leur chemin
À travers la riche végétation des clartés de ton corps
Jonchant tes années de tiges mortes

René Depestre

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 22:28

Une nonne étudiait le Zen, jour après jour, depuis trente-trois ans. Elle était entrée au monastère en qualité de jeune novice à dix-sept ans. Elle en avait cinquante, maintenant. Sa vie de fertilité était achevée. Elle n'en gardait pas d'amertume. Elle vaquait aux occupations quotidiennes avec patience et l'humeur égale. Elle préparait le riz ou l'orge grillé, elle allait matin et soir chercher de l'eau au puits distant d'une centaine de mètres. Parfois, un nuage de mélancolie la visitait, elle le chassait. Elle pratiquait zazen avec régularité, elle méditait, elle étudiait les écrits des grands maîtres du passé. Mais elle n'avait jamais connu le Satori, la paix inimaginable, qui inonde brusquement l'âme étonnée, le rire, le grand rire de l'Eveil.

Un soir, elle revenait du puits et la nuit tombait. Elle observait sans y penser le reflet de la lune dans l'eau du seau. C'était un vieux seau, dont elle avait réparé le fond avec du bambou tressé. Brusquement il céda, l'eau s'échappa, et la lune disparut aussitôt avec l'eau du vieux seau. A cet instant précis, elle connut le Satori.

Elle fut libre.

(auteur inconnu)

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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 12:43

Sous les branches d'un tamaris
elle avait suspendu sa toile
et s'y balançait
nonchalante.

Là bas, près du feu,
autour des flammes folles
les chants créoles
résonnaient encore.

J'avais pris le large.

Le rhum sans doute
et les parfums de la nuit
avaient fini par me griser.
Je m'étais fondu au décor
flânant parmi les fleurs
dans l'ombre de la nuit.

Personne ne la cherchait,
je ne l'avais pas vue.

Elle murmura mon nom...

Dans un rayon de lune
elle était là, sur son hamac,
entièrement dévêtue,
ruisselante, ses petits seins
dressés comptant les étoiles.

Sous les branches d'un tamaris
elle avait tissé sa toile
et m'y attendait languissante...

Elle me tendait ses bras
Elle me tendait ses jambes
et moi, prenant racine,
ma raison vacilla
au rythme des chants lancinants,
du grincement de la branche
et des hallucinantes plaintes.

Laurent Chaineux

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 20:46

La marée, je l'ai dans le cœur qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite sœur, de mon enfance et de mon cygne
Un bateau, ça dépend comment on l'arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament des années lumières et j'en laisse
Je suis le fantôme jersey celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baiser et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller aux doigts de sable de la terre
Rappelle-toi ce chien de mer que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps-là le froid tout gris qui nous appelle
Je me souviens des soirs là-bas et des sprints gagnés sur l'écume
Cette bave des chevaux ras au raz des rocs qui se consument
O l'ange des plaisirs perdus ô rumeurs d'une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus qu'un chagrin de ma solitude
Et le diable des soirs conquis avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis dans le milieu mouillé de mousse
Reviens fille verte des fjords reviens violon des violonades
Dans le port fanfarent les cors pour le retour des camarades
O parfum rare des salants dans le poivre feu des gerçures
Quand j'allais, géométrisant, mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul poissé dans des draps d'aube fine
Je voyais un vitrail de plus, et toi fille verte, mon spleen
Les coquillages figurant sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tant qu'on dirait l'Espagne livide
Dieux de granits, ayez pitié de leur vocation de parure
Quand le couteau vient s'immiscer dans leur castagnette figure
Et je voyais ce qu'on pressent quand on pressent l'entrevoyure
Entre les persiennes du sang et que les globules figurent
Une mathématique bleue, sur cette mer jamais étale
D'où me remonte peu à peu cette mémoire des étoiles
Cette rumeur qui vient de là sous l'arc copain où je m'aveugle
Ces mains qui me font du fla-fla ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur me suit longtemps comme un mendiant sous l'anathème
Comme l'ombre qui perd son temps à dessiner mon théorème
Et sous mon maquillage roux s'en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout dans la rue, aux musiques mortes
C'est fini, la mer, c'est fini sur la plage, le sable bêle
Comme des moutons d'infini quand la mer bergère m'appelle...

Léo Ferré

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 09:03

Allons parmi les fleurs cueillir une guirlande,
Afin d'en couronner la Reine des Beautés;
Soit Vénus, soit Phillis, à qui les Royautés
Vont indifféremment présenter leur offrande.

Les Grâces, et l'Amour, seront de notre bande;
Les jeux, et les plaisirs suivront de tous côtés:
La saison nous appelle à mille nouveautés;
Et la rosée est chute, et la moisson est grande.

Mais j'aperçois l'Amour, qui nous a prévenus,
Et qui cherche Phillis, qu'il préfère à Vénus.
Amour, cruel Amour! d'où vient que tu nous laisses?

J'ois dans ta bouche un nom qui fait que je pâlis.
Prends ta route où les fleurs seront les plus épaisses;
C'est par là que sans doute aura passé Phillis.

Jean-Ogier de Gombaud

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 13:15

Carmen est maigre, - un trait de bistre
Cerne son œil de gitana.
Ses cheveux sont d'un noir sinistre,
Sa peau, le diable la tanna.

Les femmes disent qu'elle est laide,
Mais tous les hommes en sont fous:
Et l'archevêque de Tolède
Chante la messe à ses genoux;

Car sur sa nuque d'ambre fauve
Se tord un énorme chignon
Qui, dénoué, fait dans l'alcôve
Une mante à son corps mignon.

Et, parmi sa pâleur, éclate
Une bouche aux rires vainqueurs;
Piment rouge, fleur écarlate,
Qui prend sa pourpre au sang des cœurs.

Ainsi faite, la moricaude
Bat les plus altières beautés,
Et de ses yeux la lueur chaude
Rend la flamme aux satiétés.

Elle a, dans sa laideur piquante,
Un grain de sel de cette mer
D'où jaillit, nue et provocante,
L'âcre Vénus du gouffre amer.

Théophile Gautier

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 22:20

Montagne des grands abusés,
Au sommet de vos tours fiévreuses
Faiblit la dernière clarté.

Rien que le vide et l'avalanche,
La détresse et le regret!

Tous ces troubadours mal-aimés
Ont vu blanchir dans un été
Leur doux royaume pessimiste.

Ah! la neige est inexorable
Qui aime qu'on souffre à ses pieds,
Qui veut que l'on meure glacé
Quand on a vécu dans les sables.

René Char

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