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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 22:44

Je chante par couverture,
Mais mieux pleurassent mes œils,
Ni nul ne sait le travail
Que mon pauvre cœur endure.

Pour ce muce ma douleur,
Qu'en nul je ne vois pitié.
Plus a l'on cause de pleur,
Moins trouve l'on d'amitié.

Pour ce plainte ni murmure
Ne fais de mon piteux deuil.
Ainçois ris quand pleurer veuil,
Et sans rime et sans mesure
Je chante par couverture.

Petit porte de valeur
De soi montrer déhaitié,
Ne le tiennent qu'à foleur
Ceux qui ont le cœur haitié.

Si n'ai de démontrer cure
L'intention de mon veuil,
Ains, tout ainsi comme je seuil,
Pour celer ma peine obscure,
Je chante par couverture.

Christine de Pisan

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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 23:11

Apprenez, ma belle,
Qu'à minuit sonnant,
Une main fidèle,
Une main d'amant,
Ira doucement,
Se glissant dans l'ombre,
Tourner les verrous
Qui dès la nuit sombre,
Sont tirés sur vous.
Apprenez encore
Qu'un amant abhorre
Tout voile jaloux.
Pour être plus tendre,
Soyez sans atours,
Et songez à prendre
L'habit des Amours.

Evariste de Parny

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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 22:59

En la forêt d'Ennuyeuse Tristesse,
Un jour m'advint qu'à part moi cheminais,
Si rencontrai l'Amoureuse Déesse
Qui m'appela, demandant où j'allais.
Je répondis que, par Fortune, étais
Mis en exil en ce bois, long temps a,
Et qu'à bon droit appeler me pouvait
L'homme égaré qui ne sait où il va.

En souriant, par sa très grande humblesse,
Me répondit: "Ami, si je savais
Pourquoi tu es mis en cette détresse,
À mon pouvoir volontiers t'aiderais;
Car, jà piéça, je mis ton cœur en voie
De tout plaisir, ne sais qui l'en ôta;
Or me déplaît qu'à présent je te vois
L'homme égaré qui ne sait où il va."

- Hélas ! dis-je, souveraine Princesse,
Mon fait savez, pourquoi le vous dirais?
C'est par la Mort qui fait à tous rudesse,
Qui m'a tollu celle que tant aimais,
En qui était tout l'espoir que j'avais,
Qui me guidait, si bien m'accompagna
En son vivant, que point ne me trouvais
L'homme égaré qui ne sait où il va.

"Aveugle suis, ne sais où aller dois;
De mon bâton, afin que ne fourvoie,
Je vais tâtant mon chemin çà et là;
C'est grand pitié qu'il convient que je soie
L'homme égaré qui ne sait où il va!"

Charles d'Orléans

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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 21:28

Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde,
Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix,
L'harmonie et le songe et la douleur profonde
Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.

Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles,
Je partage leur vie intense en les touchant,
C'est alors que je sais ce qu'elles ont en elles
De noble, de très doux et de pareil au chant.

Car mes doigts ont connu la chair des poteries
La chair lisse du marbre aux féminins contours
Que la main qui les sait modeler a meurtries,
Et celle de la perle et celle du velours.

Ils ont connu la vie intime des fourrures,
Toison chaude et superbe où je plonge les mains!
Ils ont connu l'ardent secret des chevelures
Où se sont effeuillés des milliers de jasmins.

Et, pareils à ceux-là qui viennent des voyages.
Mes doigts ont parcouru d'infinis horizons,
Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages
Et m'ont prophétisé d'obscures trahisons.

Ils ont connu la peau subtile de la femme,
Et ses frissons cruels et ses parfums sournois...
Chair des choses! j'ai cru parfois étreindre une âme
Avec le frôlement prolongé de mes doigts…

Renée Vivien

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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 21:22

Les étreintes du sang ont une pauvre flamme,
Les regards de l'amour s'arrêtent à nos yeux
Et le parfum intime et profond de notre âme
Doit en elle à jamais rester mystérieux.
Il faut que sur la lèvre à jamais étrangère
La coupe du baiser brise son frêle orgueil
Et répande sur nous le froid d'un cimetière:
Mon âme est dans ma chair comme dans un cercueil.

Cécile Sauvage

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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 21:16

Non autrement que la Prêtresse folle,
En grommelant d'une effroyable horreur,
Secoue en vain l'indomptable fureur
Du Cynthien, qui brusquement l'affole:

Mon estomac, gros de ce Dieu qui vole,
Épouvanté d'une aveugle terreur
Se fait rebelle à la divine erreur,
Qui brouille ainsi mon sens, et ma parole.

Mais c'est en vain: car le Dieu, qui m'étreint,
De plus en plus m'aiguillonne, et contraint
De le chanter, quoique mon cœur en gronde.

Chantez-le donc, chantez mieux que devant,
Ô vous mes vers! qui volez par le monde,
Comme feuillards éparpillés du vent.

Joachim du Bellay

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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 22:33

Item, j'ordonne à Sainte Avoie,
Et non ailleurs, ma sépulture;
Et, afin que chacun me voie,
Non pas en chair, mais en peinture,
Que l'on tire mon estature
D'encre, s'il ne coûtait trop cher.
De tombel? rien: je n'en ai cure,
Car il grèverait le plancher.

Item, veuil qu'autour de ma fosse
Ce qui s'ensuit, sans autre histoire,
Soit écrit en lettre assez grosse,
Et qui n'aurait point d'écritoire,
De charbon ou de pierre noire,
Sans en rien entamer le plâtre;
Au moins sera de moi mémoire,
Telle qu'elle est d'un bon folâtre.  

François Villon

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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 22:26

Assieds-toi sur le bord d'une ondante rivière:
Tu la verras fluer d'un perpétuel cours,
Et flots sur flots roulant en mille et mille tours
Décharger par les prés son humide carrière.

Mais tu ne verras rien de cette onde première
Qui naguère coulait; l'eau change tous les jours,
Tous les jours elle passe, et la nommons toujours
Même fleuve, et même eau, d'une même manière.

Ainsi l'homme varie, et ne sera demain
Telle comme aujourd'hui du pauvre corps humain
La force que le temps abrévie et consomme:

Le nom sans varier nous suit jusqu'au trépas,
Et combien qu'aujourd'hui celui ne sois-je pas
Qui vivais hier passé, toujours même on me nomme.

Jean-Baptiste Chassignet

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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 22:49

A la liberté
Descends, ô liberté! fille de la nature:
Le peuple a reconquis son pouvoir immortel;
Sur les pompeux débris de l'antique imposture
Ses mains relèvent ton autel.

Venez, vainqueurs des rois: l'Europe vous contemple;
Venez; sur les faux dieux étendez vos succès;
Toi, sainte liberté, viens habiter ce temple;
Sois la déesse des Français.

Ton aspect réjouit le mont le plus sauvage,
Au milieu des rochers enfante les moissons;
Embelli par tes mains, le plus affreux rivage
Rit, environné de glaçons.

Tu doubles les plaisirs, les vertus, le génie;
L'homme est toujours vainqueur sous tes saints étendards;
Avant de te connaître, il ignorait la vie:
Il est créé par tes regards.

Au peuple souverain tous les rois font la guerre;
Qu'à tes pieds, ô déesse, ils tombent désormais!
Bientôt sur les cercueils des tyrans de la terre
Les peuples vont jurer la paix.

André Chénier

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Published by Asphodèles etc. - dans XVIIIème siècle
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26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 22:34

Crever de faim là-bas, faire la tournée des bars,
et à la nuit tombée marcher dans les rues
pendant des heures
la lumière de la lune me semblait toujours artificielle
et peut-être qu’elle l’était
et dans le quartier français je regardais
les chevaux et les buggys qui passaient,
tous étaient assis en hauteur dans les carrioles ouvertes
le conducteur noir, et,
à l’arrière l’homme et la femme, jeunes en général
et toujours blancs Et j’étais toujours blanc
et difficilement séduit par le monde
La Nouvelle Orléans c’était pour se cacher
je pouvais foutre ma vie en l’air
on me foutait la paix
A part les rats les rats dans ma petite chambre sombre
qu’ils n’appréciaient pas du tout de devoir partager
avec moi
Ils étaient gros et n’avaient peur de rien
et ils me fixaient avec des yeux
qui me vouaient
une mort
implacable.

Charles Bukowski

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Published by Asphodèles etc. - dans XXème siècle
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