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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 20:46

La marée, je l'ai dans le cœur qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite sœur, de mon enfance et de mon cygne
Un bateau, ça dépend comment on l'arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament des années lumières et j'en laisse
Je suis le fantôme jersey celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baiser et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller aux doigts de sable de la terre
Rappelle-toi ce chien de mer que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps-là le froid tout gris qui nous appelle
Je me souviens des soirs là-bas et des sprints gagnés sur l'écume
Cette bave des chevaux ras au raz des rocs qui se consument
O l'ange des plaisirs perdus ô rumeurs d'une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus qu'un chagrin de ma solitude
Et le diable des soirs conquis avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis dans le milieu mouillé de mousse
Reviens fille verte des fjords reviens violon des violonades
Dans le port fanfarent les cors pour le retour des camarades
O parfum rare des salants dans le poivre feu des gerçures
Quand j'allais, géométrisant, mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul poissé dans des draps d'aube fine
Je voyais un vitrail de plus, et toi fille verte, mon spleen
Les coquillages figurant sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tant qu'on dirait l'Espagne livide
Dieux de granits, ayez pitié de leur vocation de parure
Quand le couteau vient s'immiscer dans leur castagnette figure
Et je voyais ce qu'on pressent quand on pressent l'entrevoyure
Entre les persiennes du sang et que les globules figurent
Une mathématique bleue, sur cette mer jamais étale
D'où me remonte peu à peu cette mémoire des étoiles
Cette rumeur qui vient de là sous l'arc copain où je m'aveugle
Ces mains qui me font du fla-fla ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur me suit longtemps comme un mendiant sous l'anathème
Comme l'ombre qui perd son temps à dessiner mon théorème
Et sous mon maquillage roux s'en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout dans la rue, aux musiques mortes
C'est fini, la mer, c'est fini sur la plage, le sable bêle
Comme des moutons d'infini quand la mer bergère m'appelle...

Léo Ferré

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Published by Asphodèles etc. - dans XXème siècle
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commentaires

Loran 08/08/2011 00:10


"Et je voyais ce qu'on pressent quand on pressent l'entrevoyure"
Merci chère Ophélie pour ce texte de Ferré qui sera toujours mon préféré, d'une mystérieuse et belle profondeur.

Je t'embrasse


Valmont 07/03/2011 09:41


Magnifique de poésie et de surréalisme, ah Ferré est l'un des derniers grands poètes chantants du siècle passé... Baisers à vous.


Asphodèles etc. 10/03/2011 12:41



Oui, très beau poème. J'aime beaucoup, il est plein d'images et suscite toute une foule d'émotions. Je vous embrasse. Ophélie



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