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25 juin 2014 3 25 /06 /juin /2014 12:02

L’aube porteuse d’eau
Le ramage des voix

L’enfant noir bercé à flanc de colline
Un ciel ou une mer de porcelaine bleue
Ce rire aux éclats qu’ont les vérandas
Et tout ce qui nous vient de l’avenir:
Couleurs, pollens dans la porosité de l’air

C’est un allègement
Un soleil de le dire

Gilles Baudry

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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 22:26

Un dimanche après-midi, à Coutances
Dans une chambre d'hôtel moyen, sans étoiles
Le soleil passait à travers des rideaux de voiles
Un soleil frais

Je me suis levé bien tard, ce matin
Trop tard pour le petit déjeuner
Je suis sorti, sans rien manger
Je me suis rangé derrière la queue de la boulangerie
La ville était toute habillée de dimanche et de soleil
Un soleil frais

Sur un banc d'un jardin public, je me suis recueilli
Avec un sablé et un pain raisin comme seule compagnie
Mais qu'est ce que je suis venu faire ici ?
Entre deux vacances
Un dimanche après-midi à Coutances

Dick Annegarn

Published by Asphodèles etc. - dans XXème siècle
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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 18:47

Seule avec toi dans ce bocage sombre?
Qu'y ferions-nous? à peine on peut s'y voir.
Nous sommes bien! Peux-tu désirer l'ombre?
Pour se perdre des yeux c'est bien assez du soir!
Auprès de toi j'adore la lumière,
Et quand tes doux regards ne brillent plus sur moi,
Dès que la nuit a voilé ta chaumière,
Je me retrouve, en fermant ma paupière,
Seule avec toi.

Sûr d'être aimé, quel vœu te trouble encore?
Si près du mien, que désire ton coeur?
Sans me parler ta tristesse m'implore:
Ce qu'on voit dans tes yeux n'est donc pas le bonheur?
Quel vague objet tourmente ton envie?
N'as-tu pas mon serment dans ton sein renfermé?
Qui te rendra ta douce paix ravie?
Dis! Quel bonheur peut manquer à ta vie,
Sûr d'être aimé?

Ne parle pas! Je ne veux pas entendre:
Je crains tes yeux, ton silence, ta voix.
N'augmente pas une frayeur si tendre;
Hélas! Je ne sais plus m'enfuir comme autrefois,
Je sens mon âme à la tienne attachée,
J'entends battre ton coeur qui m'appelle tout bas:
Heureuse, triste, et sur ton sein penchée,
Ah! Si tu veux m'y retenir cachée,
Ne parle pas!

Marceline Desbordes-Valmore

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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 21:53

Quand le front de l'enfant, plein de rouges tourmentes,
Implore l'essaim blanc des rêves indistincts,
Il vient près de son lit deux grandes sœurs charmantes
Avec de frêles doigts aux ongles argentins.

Elles assoient l'enfant auprès d'une croisée
Grande ouverte où l'air bleu baigne un fouillis de fleurs
Et, dans ses lourds cheveux où tombe la rosée,
Promène leurs doigts fins, terribles et charmeurs.

Il écoute chanter leurs haleines craintives
Qui fleurent de longs miels végétaux et rosés
Et qu'interrompt parfois un sifflement, salives
Reprises sur la lèvre ou désirs de baisers.

Il entend leurs cils noirs battant sous les silences
Parfumés; et leurs doigts électriques et doux 
Font crépiter, parmi ses grises indolences,
Sous leurs ongles royaux, la mort des petits poux.

Voilà que monte en lui le vin de la Paresse,
Soupir d'harmonica qui pourrait délirer :
L'enfant se sent, selon la lenteur des caresses,
Sourdre et mourir sans cesse un désir de pleurer.

Arthur Rimbaud

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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 00:00

Ô Lune qu'adoraient discrètement nos pères,
Du haut des pays bleus où, radieux sérail,
Les astres vont se suivre en pimpant attirail,
Ma vieille Cynthia, lampe de nos repaires,

Vois-tu les amoureux, sur leurs grabats prospères,
De leur bouche en dormant montrer le frais émail?
Le poète buter du front sur son travail?  
Ou sous les gazons secs s'accoupler les vipères?

 

Sous ton domino jaune, et d'un pied clandestin,
Vas-tu, comme jadis, du soir jusqu'au matin,  
Baiser d'Endymion les grâces surannées?

- "Je vois ta mère, enfant de ce siècle appauvri,
Qui vers son miroir penche un lourd amas d'années,
Et plâtre artistement le sein qui t'a nourri!"

Charles Baudelaire

Published by Asphodèles etc. - dans XIXème siècle
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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 17:00

Mon Amour, ma Vie
Fais de moi ton Amie
Et garde-moi en toi

Apprends-moi à t'aimer
A tout te donner
Et à tout recevoir

Aime-moi à l'infini
Tout le jour, toute la nuit
A en perdre la mémoire

Ouvre-moi telle une fleur
Mange mes seins comme une douceur
Et laisse-moi cueillir des tiens le fruit mûr

Goûte au délice de ma rose épanouie
Fais-moi boire à la source de ton envie
Nos corps unis dans l'extase la plus pure

Je veux le baiser de ta bouche
La caresse de tes yeux
Que tes doigts m'effleurent, me touchent
Que mes sens vibrent par eux

Je veux tout connaître de Toi
Répondre à ton attente, te découvrir
T'offrir tout ce qui est en moi
Et assouvir tous tes désirs

Ondine

Published by Asphodèles etc. - dans XXIème siècle
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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 21:27

Voici que la saison décline,
L’ombre grandit, l’azur décroît,
Le vent fraîchit sur la colline,
L’oiseau frissonne, l’herbe a froid.

Août contre septembre lutte;
L’océan n’a plus d’alcyon;
Chaque jour perd une minute,
Chaque aurore pleure un rayon.

La mouche, comme prise au piège,
Est immobile à mon plafond;
Et comme un blanc flocon de neige,
Petit à petit, l’été fond.

Victor Hugo

Published by Asphodèles etc. - dans XIXème siècle
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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 21:18

Lorsque l’enfant était enfant,
Il marchait les bras ballants,
Il voulait que le ruisseau soit rivière
Et la rivière, fleuve,
Que cette flaque soit la mer.

Lorsque l’enfant était enfant,
Il ne savait pas qu’il était enfant,
Tout pour lui avait une âme
Et toutes les âmes étaient une.

Lorsque l’enfant était enfant,
Il n’avait d’opinion sur rien,
Il n’avait pas d’habitude
Il s’asseyait souvent en tailleur,
Démarrait en courant,
Avait une mèche rebelle,
Et ne faisait pas de mimes quand on le photographiait.

Lorsque l’enfant était enfant, ce fut le temps des questions suivantes:
Pourquoi suis-je moi et pourquoi pas toi?
Pourquoi suis-je ici et pourquoi … pas là?
Quand commence le temps et où finit l’espace?
La vie sous le soleil n’est pas qu’un rêve?
Ce que je vois, entend et sens, n’est-ce pas…simplement l’apparence d’un monde devant le monde?
Le mal existe t-il vraiment avec des gens qui sont vraiment les mauvais?
Comment se fait-il que moi qui suis moi, avant de le devenir je ne l’étais pas, et qu’un jour moi… qui suis moi, je ne serais plus ce moi que je suis?

Lorsque l’enfant était enfant,
Les pommes et le pain suffisaient à le nourrir,
Et il en est toujours ainsi.
Lorsque l’enfant était enfant,
Les baies tombaient dans sa main comme seule tombent des baies,
Les noix fraîches lui irritaient la langue,
Et c’est toujours ainsi.

Sur chaque montagne, il avait le désir d’une montagne encore plus haute,  
Et dans chaque ville, le désir d’une ville plus grande encore,
Et il en est toujours ainsi.
Dans l’arbre, il tendait les bras vers les cerises, exalté
Comme aujourd’hui encore,
Il était intimidé par les inconnus et il l’est toujours,
Il attendait la première neige et il l’attend toujours.

Lorsque l’enfant était enfant il a lancé un bâton contre un arbre, comme une lance,
Et elle y vibre toujours."

Peter Handke
(Introduction du film de Wim Wender Les Ailes du désir)

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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 21:44

J'ai vécu dans ces temps et depuis mille années
Je suis mort. Je vivais, non déchu mais traqué.
Toute noblesse humaine étant emprisonnée
J'étais libre parmi les esclaves masqués.

J'ai vécu dans ces temps et pourtant j'étais libre.
Je regardais le fleuve et la terre et le ciel.
Tourner autour de moi, garder leur équilibre
Et les saisons fournir leurs oiseaux et leur miel.

Vous qui vivez qu'avez-vous fait de ces fortunes?
Regrettez-vous les temps où je me débattais?
Avez-vous cultivé pour des moissons communes?
Avez-vous enrichi la ville où j'habitais?

Vivants, ne craignez rien de moi, car je suis mort.
Rien ne survit de mon esprit ni de mon corps.

Robert Desnos

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 20:36

Ode

Prête-moi ton grand bruit, ta grande allure si douce,
Ton glissement nocturne à travers l'Europe illuminée,
Ô train de luxe! et l'angoissante musique
Qui bruit le long de tes couloirs de cuir doré,
Tandis que derrière les portes laquées, aux loquets de cuivre lourd,
Dorment les millionnaires.
Je parcours en chantonnant tes couloirs
Et je suis ta course vers Vienne et Budapest,
Mêlant ma voix à tes cent mille voix,
Ô Harmonika-Zug!

J’ai senti pour la première fois toute la douceur de vivre,
Dans une cabine du Nord-Express, entre Wirballen et Pskow
On glissait à travers des prairies où des bergers,
Au pied de groupes de grands arbres pareils à des collines,
Étaient vêtus de peaux de moutons crues et sales…
(Huit heures du matin en automne, et la belle cantatrice
Aux yeux violets chantait dans la cabine à côté.)
Et vous, grandes places à travers lesquelles j’ai vu passer la Sibérie et les Monts du Samnium,
La Castille âpre et sans fleurs, et la mer de Marmara sous une pluie tiède!

Prêtez-moi, ô Orient-Express, Sud-Brenner-Bahn, prêtez-moi
Vos miraculeux bruits sourds et
Vos vibrantes voix de chanterelle;
Prêtez-moi la respiration légère et facile
Des locomotives hautes et minces, aux mouvements
Si aisés, les locomotives des rapides,
Précédant sans effort quatre wagons jaunes à lettre d’or
Dans la solitudes montagnardes de la Serbie,
Et, plus loin, à travers la Bulgarie pleine de roses…

Ah! Il faut que ces bruits et que ce mouvement
Entrent dans mes poèmes et disent
Pour moi ma vie indicible, ma vie
D’enfant qui ne veut rien savoir, sinon
Espérer éternellement des choses vagues.

Valéry Larbaud

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